Nuits de Fourvière – Ibeyi – Live Report

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« Transmission,
Lightin’ the layers of the past at last.
We sing and our tears dry (transmission),
Things in the clear sky (transmission).
(…)
You take, I give,
And as the seasons flow
I am growing old
Come to hear me,
The meaning of it all,
Vibrations I recall »
Transmission / Michaelion – Ibeyi

Le thème de la chanson Transmission résume en quelques couplets la volonté profonde et la mission que Ibeyi porte comme étendard à travers la musique : transmettre une culture riche issue de leurs origines diverses. En effet, les sœurs jumelles Lisa et Naomi Diaz sont de fières héritières d’une tradition musicale familiale. Nées à Paris d’une mère franco-vénézuélienne et d’un père cubain, elles grandissent entre la France et Cuba, nourries par les nombreuses influences culturelles de leurs parents. Le père Miguel « Anga » Diaz, n’était autre que le percussionniste du Buena Vista Social Club, groupe mythique de la musique cubaine. La mère Maya Dagnino quant à elle était attachée de presse dans la musique et manageuse du père. Avec une parenté comme celle-ci, les deux jeunes sœurs étaient presque prédestinées à briller dans l’univers de la musique.

En 2006, Miguel Diaz décède alors que Lisa et Naomi ont seulement 11 ans : c’est une sorte de déclic pour les jumelles qui décident de se mettre à la musique comme pour pérenniser l’héritage du père. Lisa s’oriente vers le piano et étudie l’harmonie avec acharnement, alors que Naomi sent instinctivement la rythmique et apprend les percussions, notamment le cajón (caisse en bois sud-américaine, percussion fétiche de Miguel Diaz).

Elles commencent à composer ensemble et s’inspirent des mélodies folkloriques issues de la culture yoruba (Grand groupe ethnique africain originaire du Golfe de Guinée – Nigeria, Togo, Bénin … – dont la culture et la musique ont été beaucoup exportées en Amérique).

En 2014, l’EP Oya est révélé au grand public et se transforme en album éponyme l’année d’après.

Ibeyi (titre du 1er album qui signifie « jumelles » en yoruba) remporte un franc succès international et pose un style entre soul, R&B, hip hop et influences afro-cubaines. Acclamées par des grands du show business tel que Prince ou Adele, les deux jumelles vont collaborer en 2016 avec Beyonce pour la sortie de son album Lemonade. Dans la foulée, elles travaillent également avec Chanel pour un live en ouverture d’un show à Cuba et avec Nike sur la campagne « The Force is Female ».

À seulement 23 ans, Lisa et Naomi sont déjà des icônes de la pop-culture et reviennent avec un 2nd album Ash. On les retrouve sur scène pour découvrir ce nouvel album le vendredi 21 juillet 2018 dans le Grand Théâtre des Nuits de Fourvière.

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Une première partie sous une pluie battante qui n’enlève rien à la superbe prestation de Gaël Faye. L’auteur franco-rwandais nous offre un show hip hop sincère et joyeux, un rap poétique et réfléchi qui trouve racine dans son vécu et son amour pour la littérature. On profite des textes et des productions tantôt mélancolique, tantôt dansante.

Dans cette belle énergie, la pluie s’apaise progressivement et c’est au tour d’Ibeyi de prendre place sur scène.

Le duo entame le concert avec I Carried This for Years, morceau qui fait également office d’intro vocale aux airs mystiques sur le nouvel album Ash. Le style mélodique et l’harmonie vocale des deux sœurs sont identifiables d’entrée. Ce soir elles sont là pour nous présenter leurs nouvelles chansons et commencent par I Wanna Be Like You. Lisa nous parle de son admiration pour la personnalité volcanique de Naomi. Away, Away et Numb s’enchainent et les deux morceaux aux sonorités électroniques se terminent tous deux par des chants traditionnels en yoruba. Encore une fois ces mélodies subliment les harmonies vocales, amplifiées par l’habillage sonore des machines qui dessinent des chœurs africains en arrière-plan.

Ibeyi nous joue alors No Man Is Big Enough for My Arms. Lisa nous explique que ce morceau est une prise de position du duo en réponse aux déclarations sexistes de Donald Trump lors de la dernière campagne électorale américaine. Pour ce titre, les deux sœurs samplent un extrait d’un discours contre le sexisme de Michelle Obama : « the measure of any society is how it treats its women and girls ». Lisa et Naomi sont deux artistes engagées et ont pour mission de transmettre des valeurs positives d’égalité des sexes, de métissage culturel, à l’image de leur musique.

 

Mama Says est une belle dédicace à leur mère, et Transmission / Michaelion, un hommage à leur père. Encore une fois Ibeyi se fait émissaire d’un partage culturel qui rend leurs origines familiales éternelles. Le public reprend le refrain de Transmission laissant libre cours aux vocalises du duo. Les deux sœurs font également chanter le théâtre antique avec la mélodie enjouée du titre I’m On My Way. Un moment de complicité entre les Lisa et Naomi mais aussi avec les fans.

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Sur scène, les deux sœurs sont en parfaite osmose. Jumelles certes, mais pour autant très différentes, elles font preuve de deux personnalités bien opposées, le feu et la glace, et s’exprime différemment sur scène.

Lisa c’est le leader du duo, le sang froid, une voix soul douce et calme. C’est elle qui s’adresse au public d’un ton posé et apaisant et s’occupe de la partie mélodique sur différents claviers postés sur la scène.

De son côté, Naomi bouillonne, danse avec une fougue naturelle sur les rythmes frénétiques qu’elle tape. Sa voix à elle est rauque tandis qu’elle alterne entre cajón, pads et percussion traditionnelle africaine. Son énergie détonne et complète à merveille la douce retenue de sa sœur.

 

Le set continue et on a le droit à de magnifiques passages a capella et des envolées vocales sur des morceaux tels que Oya, Oddudua, Valé. Puis dans l’énergie, Ibeyi nous invite à participer à la chanson Deathless et ses sonorités hip-hop : “Whatever happens, whatever happened (oh hey) We are deathless”.

La mélodie entêtante nous emporte tandis que le duo se rejoint sur le devant de la scène soutenue par le beat régulier et l’habillage vocal. Elles font le show toutes les deux, dansent sur cet air revendicateur. Sur Me Voy, un morceau en espagnol, les sonorités sont résolument plus latino, les deux sœurs réchauffent le théâtre.

Toutes les influences, les langues se mélangent, la transmission de toutes ces cultures est accomplie, sous une forme résolument moderne et personnelle. We are deathless.

En rappel Ibeyi revient à son premier succès, le morceau (et le clip) qui a permis au duo d’être reconnu du grand public au commencement : River.

Un dernier retour à la source – de la rivière – avant la fin du concert avec ce chant spiritual que le public attendait avec impatience. On apprécie une dernière mélodie emplie de soul en compagnie de Lisa et Naomi avant la fin du concert au terme d’une soirée forte en partage et en message positif.

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Crédits photos : Paul Bourdrel – Nuits de Fourvière 2018
Auteur : Julien Portenguen

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