Patricia Essong – Le Devoir De Transmission A La Diaspora (Interview)

A la mesure de ses pas, ses yeux s’ouvrent au reflet de son identité redécouverte

A la mesure de ses pas, elle s’affirme, exprime sa Black Girl Magic

A la mesure de ses pas, princesse deviendra Kunta Queen Teh.

C’est le ressourçant retour de l’ambassadrice de la culture Bantoue, Patricia Essong.

Un an et demi après la sortie de son projet Soul Of Nü Bantu, Ms Patricia Essong nous témoigne son parcours.

La portée de sa vision prend de l’ampleur avec son album de reprises bien choisies, l’ambition étant avant tout un devoir de transmission et de partage aux nouvelles générations.

La culture bantoue touche tant de pays en Afrique qu’elle est de fait devenue un riche patrimoine à défendre encore aujourd’hui, tant envers la diaspora africaine que sur les terres-mêmes d’Afrique.

 

INTERVIEW

 SSB : On t’a vu à plusieurs reprises performer sur scène. Tes lives sont une unique experience – bougies, cinématique, effets sonores, danses, envolées et voix douce… Tu parviens à communiquer ton art, ta culture, et faire apprécier ton travail.
Parle-nous de ta vision pour la mise en scène de Soul of Nü Bantu sur scène.

Patricia Essong : Pour moi la musique ce n’est pas que le chant. C’est une expression scénique et ça doit refléter l’aura de l’album.

J’ai toujours décoré ma scène en fait, pour y apporter plus de personnalité, en fonction du lieu où je joue, quand la scène s’y prête.

Puis l’univers a évolué vers un côté plus spirituel d’où les bougies.

Je fais par exemple référence à Oya, déesse du tonnerre, des éclairs, des tornades, des vents, et des averses.

Elle est aussi  la gardienne du monde entre la vie et la mort. Elle est la seule déesse qui communique avec les esprits et représente les funérailles et les cimetières.

Dans la culture Bantoue, “les morts ne sont pas morts“. On croit véritablement à une vie après la mort. D’où ce respect pour la nature avec la croyance en la réincarnation.

Soul of Nü Bantu est une démarche de retour vers une connaissance et une culture que l’on a perdu avec l’arrivée des religions.

Donc, cette mise en scène, ce décor… c’est un message que je partage avec la nouvelle génération.

SSB : De la première partie de Fatoumata Diawara, à la tournée à New York, quelle est ton experience live la plus marquante.

Patricia Essong : Chaque scène est unique. A la fin du spectacle j’ai ce sentiment d’avoir donné quelque chose.

Au fur et à mesure de chaque scène, je me remets en question, que ce soit à Paris, l’accueil à Lyon, ou à Bruxelles…

En 2016 je me suis concentré à faire émerger mon projet sur la scène Parisienne. 2017 a été l’année pour exporter ce projet hors du bassin parisien, en allant à Lille, Lyon, Bruxelles.

Pour New York, c’était un challenge en dehors de ma zone de confort, car pas les mêmes repères culturels. Et leur mode de concert à la chaîne impose une pression en plus à gérer avec de temps de préparation.

Maintenant j’ai en vue l’Afrique :

Pour la première fois je donnerai concert au Cameroun le vendredi 15 Décembre à l’IFC Douala, ce qui amorcera ma virée africaine.

 

Patricia Essong : Après chaque concert, je me rends compte que je commence à créer un mouvement. Je reçois constamment des messages de fans qui veulent retourner en Afrique après m’avoir vu sur scène.

SSB : Tu t’attaches aussi à mettre en scène les titres les plus parlants au travers de videos. On t’a découvert avec Boya Yé qui signifie pour toi, et tu nous reviens avec Malaika. De tout ton album, tu avais le choix entre des titres comme Aki Spécial, Tajabone ou encore Ngoma Kurila, qui est un veritable hymne. Pourquoi Malaïka ? Que t’inspire ce titre ?

 

Patricia Essong : J’ai voulu rendre hommage à Miriam Makeba pour Malaïka.

J’avais envie de présenter l’une de ses chansons et, surtout, en Afrique, c’était une chanson qui a bercé l’adolescence de nos parents.

“Malaïka” signifie “Mon Ange”.

Le sens est beau mais la chanson renvoie aussi aux problèmes d’amours impossibles faute de moyens insuffisants pour payer la dot aux parents de la femme qu’on aime, ou encore faute de mariages arrangés.

Le clip réalisé pour Malaïka reflète donc cette poésie, cette mélancholie avec une créativité visuelle, très épurée, tout en restant profond.

La chorégraphie avec le danseur-chorégraphe Bolewa Sabourinillustre les paroles, la souffrance de l’homme et la tristesse de la femme.

Bolewa Sabourin

SSB : Ton quartet est très soudé, notamment ta relation avec ton guitariste Indy Dibong. Comment entretiens-tu cette relation si forte avec lui et avec ton équipe?

Patricia Essong : Pour l’équipe, je compte en fait 3 musiciens et 1 vidéaste.

Depuis le début je voulais absolument un noyau solide plutôt qu’un groupe formé de musiciens simplement présents pour une prestation.

Les complicités sont fortes : mon contrebassiste Yann-Lou, qui ressemble étrangement  à mon fils , est le plus jeune de l’équipe, fraîchement sorti de l’école, et est très dynamique. Patrick, le percussionniste, qui a joué dans l’album propose sur la scène des percussions électroniques, ce qui rend la scène originale.

Laurène, fait de la projection vidéo pour illustrer les paroles africaines de mes chansons et les explique visuellement à ma place.

Indy, à la guitare électrique, très humble, est mon bras droit dans ce projet, et gère les aspects logistiques et me conseille dans certaines négociations…

Pour la rencontre avec Indy, elle s’est faite il y a 4 ans, à l’époque où j’étais encore une working girl rêvant de devenir musicienne.

Je lui ai demandé s’il connaissait un guitariste ; je n’osais pas lui proposer par peur de lui faire perdre son temps, ayant une belle carrière (producteur, arrangeur, à  son propre label, Iroko Sound, joue avec Tony Allen, Asa et bien d’autres artistes de qualité…). Mais il s’est naturellement proposé pour m’accompagner dans cette aventure.

De nature très humble et sans état d’âme, Indy a aussi à coeur de s’investir dans une jeunesse qui sait ce qu’elle veut.

SSB : Tu chantes en plusieurs langues dans ton album. Peux-tu nous rappeler lesquelles ?

Patricia Essong : Il y a du Yoruba (Nigéria, Bénin), du Lingala (Congo), du Ewe  (Togo), du Venda (dans Ngoma Kurila) qui est une langue bantoue d’Afrique du Sud (en plus du Zulu), du Bulu (Cameroun), du Swahili (langage bantou d’Afrique de l’Est), et un peu de Wolof (Sénégal, Gambie, Mauritanie).

SSB : On a pris goût à l’Anglais avec les séries, les films et les artistes Américains. Certains ont pris goût au Japonais avec la japanisation (manga et animé).
Comment penses-tu qu’il est possible de developper le goût pour le Swahili, le Lingala, et autres langues ?

Patricia Essong : Au travers d’un travail d’élocution. Quand on écoute une chanson on cherche à comprendre ce qu’on chante.

Au travers de Soul Of Nü Bantu, je cible la diaspora africaine en mettant en avant un devoir de transmission pour ceux qui ont grandi en dehors du Continent. Ma démarche est donc aussi de faire le pont entre ces derniers et ceux qui y vivent.

C’est quelque chose qui prend une vraie dimension sociétale car encore aujourd’hui on négocie le simple fait de faire valider légitimement des langues africaines comme langue nationale, à la place de l’anglais ou du français.

Outre la diaspora, faire pression avec un mouvement culturel est aussi une façon de s’adresser aux institutions.

 

Merci pour ce riche échange Patricia !

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Merci à toi !

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