Enquête : Face aux coupes budgétaires pour la Culture à Lyon| les acteur·ices culturel·les lyonnais·es donnent le LA

Le syndicat des musiques actuelles (SMA) dévoile un communiqué alarmant le 15 avril dernier. 65,8 millions d’euros de budget en moins, c’est la part que les régions ont soustrait pour la culture sur l’année 2025. À Lyon, c’est une baisse de subventions de 8,3% à laquelle font face les structures adhérentes du SMA. Leurs « activités artistiques, actions et manifestations culturelles » sont frappées de plein fouet. Pour toutes les personnes qui vivent de la musique, organisent concerts, montent des festivals ou accompagnent des artistes, c’est une mauvaise nouvelle qui risque de bouleverser le secteur.

L’enquête du SMA mentionne principalement, pour la région Auvergne-Rhône Alpes, la salle de scène découverte lyonnaise A Thou Bout d’Chant (69001). Cette dernière, note le SMA, a particulièrement été impactée par les baisses de subventions ; 8 dates supprimées, 16 groupes déprogrammés et la suppression d’un poste en CDI. En partant de ce constat, la rédaction décide de mener une enquête de terrain. Nous rencontrons Emma, la codirectrice de la salle A Thou Bout d’Chant, ainsi que d’autres structures culturelles dépendantes des subventions dans l’agglomération lyonnaise, des SMAC historiques aux lieux associatifs, que nous présenterons tout au long de l’enquête.

Les subvenstionné·es ne sont pas les seules personnes à s’être livrées à la rédaction : des acteur·ices privé·es comme La Commune (69007) ou encore le Ninkasi (69007), qui proposent des alternatives concrètes à la dépendance publique, ont également partagé leur retour d’expérience sur la programmation et la diffusion de leurs évènements annuels. Ces témoignages récoltés sont tout aussi précieux que ceux des subventionné·es, car ils mettent en avant la complexité du modèle économique alternatif du secteur culturel privé. 

Les enjeux d’une économie culturelle mise à mal

Depuis dix ans, la scène lyonnaise a vu se multiplier des initiatives autour des musiques jazz, soul et hip-hop, portées par des acteur·ices engagé·es et des lieux innovants. La rédaction a d’ailleurs régulièrement mis en avant ces musiques de niche, qui contribuent à la richesse et à la diversité de l’offre culturelle locale.

C’est pourquoi cette enquête vise à mieux comprendre l’économie de l’offre culturelle à Lyon dans le contexte actuel et à mettre en lumière les façons dont s’organisent ces structures culturelles lyonnaises face aux restrictions budgétaires.

Qu’ils et elles dépendent des financements publics ou misent sur l’autofinancement, tous et toutes témoignent d’une volonté commune : maintenir une offre culturelle de qualité, accessible et innovante, au plus près des publics et des artistes.

Les programmateur·ices et les salles portent fièrement leur offre culturelle

À Lyon, les salles de musiques actuelles sont bien plus que de simples lieux de concerts. Elles incarnent une véritable mission culturelle, portée par des équipes engagées et des programmateur·ices passionné·es. Leur travail ne se limite pas à la diffusion de spectacles : il s’agit aussi d’accompagner à la création et de soutenir l’émergence artistique.

L’action de Ninkasi pour la culture et la filière musicale

Au Ninkasi, la programmation de Fabien, le directeur du Ninkasi Musiques, s’organise autour d’un modèle d’autofinancement et qui a pour mission « de faire la programmation musicale, live et d’animation de l’ensemble de Ninkasi. » Il s’agit là du principe de holding, « que ce soit celui de Gorge de Loup ou celui de Lille, Besançon. Tout passe par nous. Ce qui représente un peu plus de 2000 dates par an. » ajoute Fabien.

Ninkasi Kao de Gerland fermé depuis le 5 novembre dernier / Photo ©Richard Mouillaud

Mais la mission du Ninkasi, comme celle de nombreuses autres salles lyonnaises, dépasse la simple programmation. Il s’agit d’accompagner l’émergence, les artistes dans leur parcours, de les aider à se professionnaliser et à devenir autonomes . « C’est notre ADN, en fait. (…) Notre colonne vertébrale, ça a toujours été ça, en fait. Notre ADN, c’est d’accueillir les artistes de demain et les structures de demain. On les oublie pas. ». Cet accompagnement artistique que propose Fabien a pour objectif d’améliorer l’autonomie financière des artistes.

Le travail en réseau et la collaboration sont au cœur de la démarche et pour cela Fabien est catégorique : « travailler en silo en 2025, c’est un non-sens. On s’appuie, et on l’a toujours fait depuis la création de Ninkasi, sur le tissu associatif local pour créer des liens dans le but d’enrichir nos projets et d’enrichir financièrement les artistes, et de collaborer et de créer des synergies. »

L’engagement de La Commune pour enrichir l’offre culturelle lyonnaise

À La Commune, la programmation culturelle est conçue pour toucher un public large et varié. Marie, programmatrice, insiste sur la volonté de proposer une offre riche et accessible  : « Depuis janvier 2025, on est passé à une programmation 7/7, donc tous les jours. Le but, c’est d’apporter vraiment une diversité pour le public. Nos événements sont majoritairement gratuits, à 95-98%. ».

Première soirée R&B Talks à La Commune / Photo ©Selena / @seletoshutter

La Commune fonctionne sans contrainte de quotas ou de critères stricts : « On favorise la diversité à tous et à toutes. Premièrement, par l’aspect financier, c’est-à-dire que nos événements sont gratuits. On fait ce qu’on veut (…) Et c’est ça qui fait la force aussi du lieu. »

Le modèle économique du lieu repose sur un savant équilibre entre culture et restauration : plus le public fréquente les événements, plus il découvre les chefs et les échoppes, ce qui crée un cercle vertueux bénéfique à tous. La programmation, gratuite dans la grande majorité des cas, est aussi un moyen de démocratiser l’accès à la culture et de valoriser la diversité.

Au final, qu’elles soient grandes ou petites, publiques ou privées, les salles lyonnaises partagent une même ambition : faire vivre une culture de territoire, innovante et accessible, en s’appuyant sur la diversité des formats, la collaboration et la recherche permanente de nouveaux modèles économiques.

La réalité financière d’A Thou Bou d’Chant

Emma décrit la réalité des petites structures associatives  comme A Thou Bout d’Chant. Avec peu de moyens, elles doivent faire preuve de créativité et de solidarité pour continuer à exister : « On est au minimum de toutes nos dépenses, qu’elles soient RH, de communication ou de fonctionnement. Déjà on fait avec trois bouts de ficelle. »

Salle de scène découverte A Thou Bout d’Chant / Photo ©Laurène Sorba

Les coupes budgétaires ont contraint l’équipe à réduire certains postes et à limiter le nombre de projets, mais l’engagement reste intact. L’équipe, très soudée, continue de soutenir les artistes émergents et de proposer des événements conviviaux, avec l’aide de nombreux bénévoles.

Malgré les difficultés, la solidarité entre structures culturelles est un pilier essentiel, «  on se serre vachement les coudes » souligne Emma. Pour elle, il est essentiel de permettre les échanges et les initiatives collectives pour faire face aux défis économiques et de préserver l’esprit d’innovation et d’ouverture propre à la scène lyonnaise.

Une ambition culturelle quotidienne qui fait rayonner le territoire

Dans l’ensemble, les salles lyonnaises partagent une même volonté : faire vivre une culture de territoire, innovante et accessible. Elles s’appuient sur la diversité des formats (concerts, ateliers, résidences, événements gratuits), la collaboration avec les artistes et les associations locales, et la recherche permanente de nouveaux modèles économiques pour soutenir la création et l’émergence.

Que ce soit par l’autofinancement, la diversification des revenus ou la solidarité entre structures, les diffuseurs lyonnais démontrent chaque jour que la culture est un bien commun, à préserver et à partager, même dans un contexte de restrictions.

À Feyzin, l’Epicerie Moderne maintient son cap face à l’inflation

La vitalité culturelle repose sur des structures de diffusion, bien au-delà du centre-ville. L’Épicerie Moderne (69320), SMAC emblématique de Feyzin, en est un bon exemple. Concerts, expositions, ateliers pédagogiques : le lieu fédère les publics et accompagne la création, tout en renforçant ses liens avec la population locale.

Premier concert de Bonnie Banane à Lyon à L’Épicerie Moderne le 29 septembre 2021 / Photo ©Naomi BAH

Grégoire, directeur-programmateur, souligne que malgré des subventions qui stagnent depuis 2022, l’Épicerie Moderne parvient à maintenir son ambition grâce à une concertation constante avec l’équipe et le soutien de ses partenaires : la Ville de Feyzin, la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la DRAC. Mais la réalité économique reste tendue :

« On subit de plein fouet l’inflation, avec la hausse des cachets des artistes et la nécessité d’augmenter les salaires chaque année, alors même que les conventions collectives n’évoluent pas à la même vitesse. »

Dans ce contexte, chaque membre de l’équipe – qu’il s’agisse des artistes, des technicien·nes ou des intermittent·es – joue un rôle clé. L’Épicerie Moderne veille à valoriser chaque maillon de la chaîne culturelle, créant ainsi un environnement propice à la fréquentation puis la fidélisation des publics. Le lieu s’impose comme un trait d’union entre les Feyzinois·es et l’ensemble de l’agglomération lyonnaise, renforçant ainsi l’attractivité et à la cohésion du territoire.

Les associtions de quartiers comme Festigone démocratisent la culture locale

Le rayonnement culturel ne repose pas uniquement sur les grandes salles : il s’appuie aussi sur un tissu d’associations de quartier, souvent invisibles mais essentielles à la vie locale. Festigone (69006), créée en 2021, s’est donnée pour mission de démocratiser la culture dans les quartiers populaires, en proposant des événements accessibles à tous. Pourtant, comme le raconte Tanguy, cofondateur, l’association n’a jamais bénéficié de subventions publiques avant cette année : « Jusqu’ici, nous, on a toujours tout autofinancé […] on ne voulait pas que l’argent soit un frein à nos projets. »

La recherche de financements publics s’avère souvent vaine, et la reconnaissance institutionnelle devient difficile à obtenir :

« Nous, on ne capte pas assez de fonds publics parce qu’on n’est pas identifié ni connu au niveau des élus. C’est pour ça que moi, je fais un gros travail pour qu’à chaque événement qu’on fait, on les invite via LinkedIn. »

Dans ce contexte, l’organisation d’événements devient un véritable défi financier. « Un concert, c’est 8 000 euros de coût pour 4 000 euros de recettes », explique Tanguy. De plus, la raréfaction des aides publiques et la compétition entre associations compliquent encore la donne : « Avant, ils donnaient à 180 assos, cette année à 120, et les montants sont divisés par deux. »

Pour Tanguy, la culture n’est plus une priorité politique :

« D’autres associations plutôt orientées écologie ou même tout ce qui est handicap, eux, continuent à capter les fonds. Leurs enveloppes n’ont pas spécialement été réduites »

Malgré tout, l’engagement de son équipe reste intact et Festigone continue de proposer des événements, des ateliers, des expositions et des concerts, souvent gratuits ou à prix très accessibles. Mais, comme Tanguy le résume, sur le long terme, « en autofinancement, on ne pourra pas continuer comme ça ».

Des modèles économiques sous tension mais diversifiés

À Lyon, la structuration économique des salles de musiques actuelles et des lieux culturels reflète la diversité de leurs histoires et de leurs missions. Dans ce contexte général de tension budgétaire, chaque structure développe des stratégies spécifiques pour garantir sa pérennité et maintenir son rôle culturel.

Le cas du Périscope : entre subventions publiques, financements européens et agilité

Le Périscope / Photo ©Paul Bourdrel

Le Périscope (69002), SMAC emblématique dédiée aux musiques innovantes, illustre bien la complexité de l’équation budgétaire actuelle. Pierre Dugelay, son directeur, explique :

« Chaque structure, chaque organisation est dans un rythme particulier et a une démarche unique avec ses partenaires. Nous, depuis deux ans, on travaille avec la Ville de Lyon pour faire reconnaître que l’aide accordée historiquement n’est pas suffisante au regard de l’activité globale du Périscope, notamment parce que nous louons nos trois bâtiments. »

En 2025, la subvention municipale du Périscope a été augmentée de 20 000 € (de 130 000 à 150 000 €), mais reste en bien loin des besoins exprimés par la salle, qui aurait souhaité atteindre 200 000 €. Cette hausse, bien que bienvenue, reste limitée par le contexte budgétaire tendu de la Ville de Lyon.
La Métropole de Lyon, de son côté, maintient son soutien de 35 000 € par an pour les activités d’entrepreneuriat culturel, complété par des financements du Fonds Social Européen (FSE).

Ce modèle repose sur un équilibre fragile : les subventions publiques ne représentent qu’une part minoritaire d’un budget global qui avoisine les 1,3 million d’euros, mais elles sont essentielles pour déclencher d’autres cofinancements, notamment européens explique Pierre. C’est pourquoi le Périscope s’appuie sur une stratégie de diversification : développement de projets hors les murs, coopération européenne (jusqu’à 200 000 € de financements certains années), production déléguée et tournées territoriales.

Cette multiplicité d’activités, portée par une équipe de 18 personnes, permet d’amortir les aléas financiers et d’ouvrir des perspectives de développement, tout en exigeant une grande agilité au niveau de l’organisation.

Modèles économiques hybrides des salles privées : autofinancement, mécénat et logiques de réseau

D’autres acteurs lyonnais, comme le Ninkasi ou La Commune, adoptent des modèles hybrides, reposant largement sur l’autofinancement et la diversification des revenus.
Le Ninkasi, par exemple, finance sa programmation musicale via un système de redevance (1,5 % du chiffre d’affaires des franchises et succursales), des prestations internes et externes, et un fonds de dotation alimenté par des mécènes internes et externes à la structure. Son dispositif d’accompagnement, le Ninkasi Musik Lab, est financé à 98 % par ce fonds, avec un budget annuel d’environ 130 000 €. Ce modèle offre une grande liberté, mais expose la structure aux fluctuations de l’activité commerciale.

À La Commune, la programmation culturelle gratuite est rendue possible par la synergie avec l’activité de restauration et de bar. Le budget culturel est fixé annuellement par l’entreprise, sans recours au mécénat ni aux subventions. La fréquentation des événements nourrit l’économie globale du lieu, qui se veut un laboratoire d’innovation sociale et culturelle.

Les modèles associatifs survivent face à leur fragilité économique


À Thou Bout d’Chant a vu sa subvention régionale de 15 000 € supprimée, soit près de 7 % de son budget annuel de 210 000 €, l’obligeant à réduire son équipe, ses concerts et ses actions culturelles. La salle tente de compenser par la location d’espaces à des entreprises et la mobilisation de bénévoles, mais reste sous pression constante.

Prenons ensuite l’exemple du Boomrang. Ce lieu cuturel associtiatif a été créée en 2023, par des acteurs issus du collectif Mediatone et du Marché Gare, avec un modèle associatif basé sur la mutualisation, la programmation éclectique et le soutien de la Ville de Lyon et de la Métropole.

Elle a lancé en 2024 un appel au don et une campagne de crowdfunding pour financer ses travaux et son démarrage, illustrant la nécessité pour les nouveaux lieux de diversifier leurs sources de financement et d’impliquer le public dès l’ouverture.

La pression des coupes budgétaires sur la nécessité des ressources humaines et matérielles 

Partout, la gestion des ressources humaines est tendue. Les équipes sont réduites, la polyvalence est la règle, et le recours aux bénévoles est souvent indispensable pour des structures comme A Thou Bout d’Chant, L’Épicerie Moderne ou encore Le Périscope.
La maintenance des lieux, la production logistique et technique (Ninkasi, Le Périscope) mobilisent des budgets importants, parfois au détriment de la programmation artistique.
La santé mentale des équipes est un enjeu croissant, face à la pression budgétaire et à la nécessité d’innover en permanence.

L’économie des diffuseurs culturels lyonnais repose aujourd’hui sur des financements publics, ressources propres et innovation permanente. La capacité d’adaptation, l’agilité des équipes et la solidarité entre acteurs sont plus que jamais les clés de la survie et du développement de l’offre culturelle lyonnaise.

Si certains modèles privés ou hybrides (s’)offrent une plus grande liberté, la fragilité reste omniprésente, car la moindre baisse d’activité ou de subvention peut mettre en péril l’ensemble de la structure.

Quelles sont les limites de l’indépendance financière ?

La diversité des modèles économiques dans la culture à Lyon se traduit par des degrés d’autonomie très variables. Pour Fabien, directeur du Ninkasi Musiques, cette indépendance est une « liberté qui a un prix » : si l’autofinancement permet d’échapper à la dépendance des aides publiques, il expose aussi à la fragilité du marché et à la nécessité de maintenir une activité commerciale soutenue pour garantir la programmation artistique.

Pour les associations plus modestes, comme le rappelle Tanguy, la recherche d’alternatives devient une question de survie : diversification des activités, mutualisation des moyens, recours aux partenaires privés ou au crowdfunding. Cette adaptation est essentielle, mais elle ne peut compenser indéfiniment la baisse des soutiens publics, surtout pour des structures qui travaillent avec l’émergence et à la démocratisation culturelle.

Le Périscope, de son côté, met en avant la stabilité relative de ses financements publics, qui lui permet de maintenir une politique culturelle ambitieuse et de développer des projets européens ou hors les murs. Mais cette stabilité reste fragile et Pierre le comprend bien :

« La question de ces financements, c’est s’ils baissent par effet de levier, ils vont faire dégringoler pas mal d’autres co-financements, qui sont plus importants que ces mêmes financements […] Les sommes qui sont allouées à une structure comme Le Périscope sont un maillon, d’un financement plus important, enfin en tout cas, une brique sur un financement global de projets plus importants qui retombent sur le territoire à hauteur d’un million trois cent mille. Donc ça serait un petit peu délicat. »

La capacité à maintenir un équilibre entre financements publics, privés et européens devient donc un enjeu stratégique pour faire pérenniser les projets de la salle.

Le rôle des aides publiques et des choix politiques

Comme le soulignait plus tôt Pierre Dugelay, une réduction homogène des subventions n’aurait pas de sens, car chaque structure a des besoins et des impacts différents. Les choix politiques, notamment de la Métropole, qui a préféré réduire les financements des grandes institutions pour préserver l’écosystème des petites et moyennes structures. Cela a notamment été le cas pour le Musée des Confluences qui a vu son budget réduire de 278.000 €, soit -8,5 % du budget du festival pour l’année 2025, mais aussi et des Nuits de Fourvière. En septembre dernier, le Petit Bulletin Lyon rapportait qu’en 2024, les Nuits de Fourvière ont vécu une réduction d’un million d’euros son budget de fonctionnement.

Les grands festivals comme les Nuits de Fourvière s’appuient désormais sur un apport croissant du mécénat privé, qui représente près de 22 % de leur budget, et sur la fidélité de centaines d’entreprises partenaires. Mais cette logique de compensation par le privé n’est pas transposable à toutes les structures, notamment les plus petites, qui peinent à attirer des mécènes ou à organiser des campagnes de dons à grande échelle.

La responsabilité partagée entre l’État, les collectivités et les publics

Dans ce contexte, la question de la responsabilité de l’État et des pouvoirs publics reste centrale. La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) rappelle que le ministère de la Culture continue d’accompagner la création, la production et la diffusion artistique, mais attend des collectivités qu’elles prennent le relais sur la structuration des filières et l’aménagement culturel du territoire. À Lyon, la Ville soutient les lieux et les artistes, tandis que la Métropole structure les filières professionnelles, dans une articulation qui s’est renforcée ces dernières années.

Yasmine Bouagga, Maire du 1er arrondissement de Lyon, répond à toutes nos questions

Notre rédaction récolte les réponses de la municipalité auprès de la maire du 1er arrondissement, Yasmine Bouagga, qui se bat pour plus de justice sociale à Lyon.

  1. Comment la mairie du 1er arrondissement a-t-elle adapté son soutien aux acteurs culturels locaux ? Quelles sont les priorités en matière de culture et comment conciliez-vous ces objectifs avec les contraintes budgétaires actuelles ?

La mairie du 1e arrondissement n’a pas de compétence spécifique en matière culturelle, en revanche au titre du soutien à l’animation locale et à la vie associative, elle contribue au dynamisme culturel de l’arrondissement ; par ailleurs, elle est consultée par la mairie centrale et participe aux politiques culturelles de la Ville ; et enfin elle participe à l’animation et au renforcement du réseau culturel sur le territoire, en organisant des petits déjeuners des acteurs de la culture, qui incluent aussi bien les grandes institutions que les petites structures, les acteurs publics et privés, mais aussi des structures d’éducation populaire.

2.      Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de projets ou d’initiatives culturelles soutenues par la mairie du 1er arrondissement, malgré le contexte difficile

La vie culturelle du 1er est intense et dynamique, grâce à la diversité des structures, des grandes institutions aux petites associations. Des investissements significatifs de 10.5M d’euros ont été engagés par la Ville de Lyon pour la modernisation d’infrastructures culturelles majeures du 1e arrondissement comme l’Opéra, le Musée des Beaux-Arts et le site des Subsistances qui accueillera, suite aux travaux, les pratiques artistiques amateurs, renforçant ainsi l’accessibilité à la création pour tous les publics. Le « collège graphique » à Truffaut accueille LyonBD et des ateliers de création pour les artistes-auteurs de bande dessinée.

L’élu en charge de la culture dans le 1e , Yves Bénitah, rencontre et accompagne la professionnalisation des artistes et favorise les synergies entre acteurs de tous les champs de l’expression : arts visuels, stand-up, musique, danse, etc. Ce soutien se traduit par des partenariats et des dispositifs de mise en réseau comme les « petits déjeuners culturels » qui permettent aux acteurs et actrices de la culture du 1er, des plus petits aux plus grands, de se rencontrer et d’échanger et de monter des projets concrets.

La mairie d’arrondissement met à disposition des équipements pour le déploiement d’activités culturelles. Les 2 plus emblématiques sont :

–          Le Lavoir Public, lieu d’émergence, de résidence artistique et de diffusion culturelle. (voir 4)

–          Depuis 2024, des garages municipaux sont également confiés à l’association Cagibig pour la mutualisation de matériel événementiel, facilitant ainsi l’organisation de manifestations culturelles par les associations locales événementiel  et leur permettant aussi de réduire les coûts et de renforcer la coopération entre acteurs culturels.

3.      Certains lieux emblématiques du 1er arrondissement, comme À Thou Bout d’Chant, sont directement concernés par les réductions de subventions. Quel regard portez-vous sur la situation de ces structures et sur leur rôle dans la vie du quartier ?

Nous regrettons les coupes budgétaires imposées brutalement par la Région, qui a réduit  de près de 12% les budgets consacrés à la culture, à la création et à l’enseignement artistique. 12% en 2025 après des budgets déjà en baisse en 2023 et en 2024, on se souvient d’ailleurs tristement de la suppression de la subvention du TNG. Cette année, plusieurs compagnies du 1er sont concernées par ces baisses comme A Thou Bout d’Chant, le Grand Nid de Poule ou encore les Clochards Célestes : des acteurs culturels qui sont des piliers de la cohésion sociale du quartier, de la ville et de la Métropole, qui permettent de développer l’émancipation individuelle et qui font rayonner notre territoire. Ces lieux sont des lieux de diffusion, de création, d’inclusion mais aussi d’éducation, avec des partenariats très forts et dynamiques avec les écoles. DE plus, ces compagnies s’investissent bien au-delà de leur programmation annuelle en accompagnant la professionnalisation et l’émergence, en animant des réseaux, et en accueillant de jeunes artistes en résidence pour tester des spectacles notamment. 

4. Comment la mairie accompagne-t-elle l’innovation et la diversité dans l’offre culturelle, notamment pour les scènes jazz, soul ou hip-hop, qui se sont beaucoup développées ces dernières années ?

La ville de Lyon soutient activement l’innovation et la diversité dans l’offre culturelle en soutenant directement ou indirectement les lieux de diffusion, les festivals émergents, et les résidences artistiques.

Au-delà des subventions que nous attribuons chaque année, notre soutien aux acteurs culturels locaux passe aussi par la mise à disposition gratuite de lieux. C’est le cas du Lavoir Public, confié à la compagnie Les Lavandières, qui y développe un cabaret-théâtre dans les Pentes. Nous les accompagnons également dans leur démarche de médiation auprès du public scolaire, pour accroître leur visibilité et leur permettre de prétendre à des financements publics, notamment de l’État.

Ce choix illustre pleinement la volonté de la Mairie du 1er arrondissement de soutenir des projets à la croisée de la culture, de la solidarité et de la transition écologique. L’association qui occupe aujourd’hui le Lavoir Public a été sélectionnée pour sa démarche d’ouverture sur le quartier et son engagement à tisser des liens avec une diversité de partenaires : centres sociaux, établissements scolaires, EHPAD, et autres structures locales. Ensemble, nous œuvrons pour rendre la culture accessible à toutes et tous, en particulier aux publics souvent éloignés de l’offre culturelle.

Nous privilégions les projets qui croisent les disciplines et les publics, car nous croyons fermement que la culture peut et doit être un levier d’inclusion et de lien social. À l’heure où certains cherchent à nous diviser, nous faisons le choix d’une culture qui rassemble.

L’innovation passe aussi par le fait que nous intégrons la culture dans toutes nos politiques publiques, et notamment en réfléchissant à sa place dans les espaces publics, pour les concevoir comme des lieux de convivialité.

Vous me parlez de jazz, je pense à la Clé de Voûte, avec qui nous avons travaillé pour le réaménagement de la place Chardonnet, où il a son entrée principale. Anciennement un parking terne, nous en avons fait une place piétonne et végétalisée qui permet d’améliorer l’expérience d’un concert de jazz dans les Pentes. Et cela marche puisque le gérant ouvre un deuxième local en contrebas de la place.

Nous avons également pu mettre la Galerie des Terreaux à disposition pour un projet culturel d’exposition immersive, avec Omart, incubateur de jeunes artistes du territoire qui organise chaque année un festival artistique, « Airt de Famille ». La Galerie des Terreaux a accueilli la 3e édition de ce festival qui sera en 2025 dans le centre d’échanges de Perrache.

5.      Face à la fragilité des modèles économiques de certaines structures, quelles alternatives ou leviers proposez-vous pour pérenniser l’accès à la culture dans le 1er arrondissement

La Ville de Lyon maintient ses budgets. Côté arrondissement notre rôle est de maintenir une forte implication pour l’accès de toutes et tous à la culture, notamment via les écoles, les centres sociaux, les résidences séniors. Nous avons pu bénéficier de résidences d’artistes qui ont un effet catalyseur formidable auprès des enfants et des équipes pédagogiques, mais aussi auprès des séniors, notamment dans les projets intergénérationnels réalisés avec Aquarium Ciné Café, ou à l’occasion de la Fête des Lumières.

Par ailleurs l’arrondissement dispose désormais d’une enveloppe de subvention de soutien à la vie associative locale et parmi les projets retenus sur l’appel fléché « lutte contre les violences et les discriminations », plusieurs projets de théâtre montrent l’importance de la culture pour le lien social et la vie civique et démocratique.

6.      Selon vous, quelle est la responsabilité des collectivités locales et de l’État dans le maintien d’une offre culturelle riche et accessible à tous, en particulier dans un arrondissement aussi central que le vôtre ?

Nous tenons à la notion de « droits culturels » qui prévoit que la culture soit un bien commun, accessible à toutes et à tous, sous toutes les formes d’expression. Nous tenons à l’accessibilité sociale, à la diversité culturelle, à l’ouverture, mais aussi au soutien à la créativité et à l’accompagnement professionnel.

Le 1e arrondissement a la chance d’être un territoire très dynamique, avec une offre allant de l’opéra au café-théâtre, en passant par les galeries d’art, les Subs, les salles de concert… D’ailleurs la Salle Rameau devrait ajouter un nouvel équipement à tout le panel existant.

Nous avons aussi la chance d’accueillir beaucoup de festivals : le Grand Nid de Poule, le défilé de la Biennale de la Danse, le Festival de l’Illustration, le festival d’idées Cité Anthropocène et le festival Echappées inattendues qui met en valeur la culture scientifique et technique, Lyon BD Festival, des événements dans le cadre de Quai du Polar, des Nuits Sonores et je ne compte pas tous les grands événements !

Mais il faut penser aussi à la culture « au quotidien » : celles des artistes qui vivent et travaillent sur le territoire, des artisans d’art aussi. Penser à toute la richesse du tissu amateur : les écoles de musique ou de théâtre, les ateliers de dessin…

C’est avec cette approche globale que nous entendons soutenir la culture dans sa diversité de formes et d’expressions, en étant à l’écoute des initiatives et en les soutenant.

Intérogée plus tôt par Lyon Mag, en janvier dernier, Yasmine Bouagga, la Maire du 1er arrondissement, a détaillé la complexité de la situation budgétaire actuelle et la nécessité de faire des choix difficiles. Avec un déficit de 25 millions d’euros à combler dans le budget de la Ville de Lyon, l’équipe municipale analyse toutes les pistes possibles, en veillant à préserver les services publics essentiels comme les cantines et le périscolaire.

Dans ce contexte, la culture et le sport sont aussi concernés par cette réflexion de « frugalité » des dépenses : « C’est important d’avoir des événements dans la ville pour faire vivre la convivialité, mais peut-être on peut organiser certains événements de façon plus frugale, aussi pour faire face à ces difficultés budgétaires », explique-t-elle.

Face à l’incertitude, la Ville a adopté une mesure transitoire pour les associations : verser 70 % de la subvention de l’an dernier, en attendant de pouvoir construire le budget 2025. « On ne peut pas prendre un engagement budgétaire de subvention sans avoir la vision globale. Mais comme ces associations, elles ont aussi des salariés, on ne peut pas trop tarder pour leur attribuer des subventions. » Ce compromis, inédit à cette échelle, illustre la volonté de la municipalité d’atténuer l’impact pour les acteurs qui font vivre le territoire, tout en respectant la contrainte d’équilibre budgétaire imposée aux collectivités.

Enfin, l’engagement du public – par sa fréquentation, sa participation ou son soutien financier – demeure un pilier de la vitalité culturelle lyonnaise. Les campagnes de crowdfunding, les appels au don et la mobilisation des bénévoles sont devenus des leviers essentiels pour la survie des lieux indépendants, comme l’a montré l’ouverture de la salle Boomrang ou la mobilisation autour d’A Thou Bout d’Chant.

Vers plus de solidarité sectorielle et citoyenne pour garantir l’innovation culturelle

Face à ces défis, la diversité et l’innovation culturelle à Lyon ne pourront être garanties que par la solidarité sectorielle et le soutien des publics. Les modèles hybrides du Ninkasi ou de La Commune, la mutualisation des ressources du Périscope et la capacité à inventer de nouveaux formats économiques seront les clés de la résilience pour les années à venir.

Mais, comme le rappellent tous et toutes, la culture reste un bien commun : sa vitalité dépend d’une responsabilité partagée de l’État, des collectivités, des entreprises et des publics.


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