Thaïs Lona Réinvente Les Règles Du Game Avec « CUBE »

Parmi les sorties d’album les plus attendues ce mois-ci, entre Heart on My Sleeve de Ella Mai, et Red Balloon de Tank and The Bangas (reviews à lire prochainement), on compte notre éternel coup de coeur, CUBE de Thaïs Lona.

Ce CUBE contient la vie d’une artiste, la résilience d’une femme, et l’honnêteté d’une fille pas si conventionnelle. En effet, prendre la forme cubique pour représenter son monde suggère que l’on vit une vie carrée, sans bavure, dans le respect des codes explicites et sous-jacents de son environnement.

Or, plus on écoute l’album, et contemple le récit de chaque titre, on s’aperçoit que Thaïs est la loner qui se joue des règles du « game » et mène sa vie comme elle aime, avec toutefois une quête de perfection non dissimulée, et qui peut aller du perfectionnisme adaptatif au perfectionnisme inadapté.

« Le perfectionnisme adaptatif est le désir de répondre à des normes élevées qui peuvent être atteintes avec certains efforts. Le perfectionnisme inadapté est la tendance à s’imposer des exigences excessives et inatteignables, ce qui mène à l’anxiété et au stress. »

Psychomedia

Gare au perfectionnisme, car il peut engendrer une anxiété non nécessaire et aller jusqu’au syndrome de l’imposteur, qui est « sentiment d’incompétence malgré des preuves de compétence. Une personne croit qu’elle ne mérite pas son succès ou son statut et elle craint que cette incompétence perçue soit exposée au grand jour. » On en parle bien assez dans le podcast Memory Lane.

« I said left T…
[…] Hold on, you’re goin’ way too fast!
You can’t skip steps till you learn how it works
[…] Almost got it…
You know this is s’posed to fun, alright? »

CUBE (intro)

Ces mots sont prononcés par NotaBene, co-auteur des paroles de plusieurs titres dans l’album, connu pour sa culture de l’excellence ainsi que pour son perfectionnisme, comme de nombreux artistes d’exception. On le voit expliquer les règles d’un jeu, en l’occurrence, le rubik’s cube, règles qu’il a pris le temps d’apprendre pour s’approprier le jeu.

Et, la narration de l’album révèle Thaïs dans des situations qui parlent à toute femme indépendante, tantôt en train d’apprendre le game, tantôt en train d’en réinventer les règles.

Comment Thaïs Lona réinvente Le Game

1) Le Game des apparences

Nos archives de 2018 révélait l’intention d’origine derrière le premier titre de l’album, Le Game, un des morceaux coups de coeur de la rédaction.

Lors de sa première interview, Thaïs expliquait :

La thématique de Game m’est venue quand je rentrais de soirée, j’avais passé une soirée sans intérêt où tout le monde s’était superficiellement demandé comment ça allait pour mieux parler de soi-même par la suite. 

J’avais l’impression que rien de sincère ne se passait et que tout le monde observait pour mieux critiquer et qu’il n’y avait rien de très enrichissant dans tout ça… Game parle de ça.

Puis elle développe l’idée, et dénonce subtilement le double-sens parfois hypocrite de certains moeurs de société. Vous remarquerez la récurrence du mot « game » dans les paroles des chansons tout au long du projet. Décryptons-les.

2) Mind Games avec Words

Thaïs expliquait que Words synthétise sa lutte constante contre ses pensées négatives qui la rendent pessimiste et confortent son syndrome de l’imposteur.

« You’re clouding my mind again […]
I feel like I’m loosing my mind
I’ll figure out a way to knock you down »

Words

Le son enjoué et contemplatif des rayons de soleil à l’aube, représente son ardent désir de gagner ce jeu psychologique contre elle-même et de se focaliser sur de bonnes énergies.

3) Le Game du culte de l’image avec Till I Know

Nous avions présenté le single Till I Know comme une satire de Narcisse des temps modernes. Sur Instagram, elle citait en effet Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse :

« Séduit par l’image de sa beauté qu’il aperçoit, il s’éprend d’un reflet sans consistance, il prend pour un corps ce qui n’est qu’une ombre (…) Que voit-il donc?
Il l’ignore; mais ce qu’il voit l’embrase, et la même erreur qui abuse ses yeux excite leur convoitise (…) Il contemple sans en rassasier ses regards la mensongère image et par ses propres yeux se fait lui-même l’artisan de sa perte. »

Cette oeuvre développe des réflexions sur :

  • la laideur, la fragilité et l’absurdité de la vie ;
  • la fuite dans les plaisirs qui nous font oublier le côté sombre de la vie… mais seulement pour quelques instants ;
  • l’aspiration que nous avons à transcender le côté sombre et temporaire de la vie dans une activité qui procure la beauté et la durée comme l’art, la science ou une autre activité semblable.

Bref, tout ce dont le titre fait écho : plaisirs sensuels, l’absurdité des réseaux sociaux, la remise en question de la notion de beauté.

Enfin, ce clip pose une question identitaire, avec une Thaïs en double : une allongée sur un cube, la version « parfaite » aux yeux de la deuxième version de Thaïs, désespérée, prête à lécher la vitre pour se sentir plus proche de sa forme fantasmée.

4) Le Game de séduction avec 180°

« It’s funny because men want us to be sexual beings, to have desires and fantasies
But then they feel threatened by the idea that we have control over them »

Elle pointe le rapport de force homme-femme dans les moeurs lorsqu’il est question d’égalité dans la séduction. Un sujet parfaitement abouti dans toute la longueur de l’album Heaux Tales, de Jazmine Sullivan (lire la chronique).

Elle brise l’idée qui fige les femmes dans une boîte lorsqu’il est question de sexualité, et rappelle la liberté des femmes à ce sujet. Elle retourne le propos à 180°:

Women are victims to the game, we can be players too

5) Le Game de transmission, avec Héritage

Thaïs est Métissée avec un grand M : franco-suisse, sénégalaise, brésilienne et cap-verdienne.

L’extrait surprend une conversation entre Thaïs et sa grand-mère cap-verdienne qui rient à propos de la transmission de la langue. Une complicité qui rappelle celle qu’a Ibrahim Maalouf avec Odette, sa grand-mère, et qui lui rétorquait la sagesse qui suit : « n’empêche jamais personne de faire de ta vie un carnaval ».

6) S’émanciper d’un elitist game, avec B.N.D.

Ce titre aurait pu être la conclusion de l’album, mais c’en est le single qui annonce la sortie de l’album.

L’industrie musicale et les autres environnements aux codes complexes dont on n’est pas initié donne l’impression de subir de l’élitisme, mais Lona s’extirpe de tout cela et reprend le contrôle de sa vie, bien que cette vie soit un « tricky game ».

I’ll be standing here yelling YOLO

On n’a qu’une vie, et Thaïs reste fière de ne pas avoir abandonné son rêve de vivre de sa musique.

Swing it to the beat or sing acapella! We got our own rules

Liberté artistique arrachée. Chanteuse et rappeuse, on veut souvent cantonner une artiste à une catégorie (demandez à Chilla).

Blame it on the views, don’t blame it on the colors

Tout est question de perspective, et Thaïs continue de questionner tous les points de vue d’une situation établie.

Enfin le « Today I found a better me/Today is a brand new day » rappelle forcément le morceau intemporel Brand New Me d’Alicia Keys, une de ses plus notables influences.

Marcus Gon

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