À Nîmes, Paloma est entrée dans sa troisième semaine d’occupation

À Nîmes, Paloma est entrée dans sa troisième semaine d’occupation

La scène de musiques actuelles Paloma a été inaugurée en 2012. Si son architecture a parfois été comparée à un vaisseau spatial, elle n’a aujourd’hui rien d’un OVNI dans le paysage culturel.

Avant la crise sanitaire, environ 160 dates faisaient vibrer ses murs chaque année, et son festival éclectique TINALS (This Is Not A Love Song), hymne à la culture indépendante, était l’occasion de (re)découvrir des artistes variés.

Comme plus de 90 lieux dans toute la France, Paloma est actuellement occupée par des intermittents du spectacle et des artistes. Tous réclament la réouverture des lieux culturels et le prolongement de l’année blanche.

Sounds so Beautiful s’est rendu à l’une de leurs assemblées générales.

Paloma Mélanie Domergue
Depuis trois semaines, le patio de Paloma est devenu le lieu des assemblées générales. Crédit photo © Paloma

La musique guide nos pas jusqu’au patio ensoleillé. Notre lieu de rendez-vous. Les sourires se devinent sous les masques, et les discussions vont bon train. La réunion n’a pas encore commencé. Depuis trois semaines, une trentaine de personnes se relaient jour et nuit pour occuper les lieux. Une animation musicale est proposée de temps en temps afin de maintenir le moral de chacun. Être ensemble, se sentir soutenu et avancer dans la même direction, voilà les moteurs de toutes les personnes réunies ici.

Pourtant, accrochée au-dessus des têtes comme une épée de Damoclès, une banderole attire notre attention :

« Ce que nous défendons pour la culture, nous le défendons pour tous ».

Les visages retrouvent une certaine gravité quand les premiers mots se font entendre au micro.

Le casse-tête des (re)programmations

L’annonce d’une réouverture progressive des lieux culturels à partir du 15 mai n’a pas apaisé les esprits. « J’ai un peu l’impression que c’est de la poudre aux yeux », commente un participant. « On dirait qu’ils essaient de nous disperser en nous faisant réfléchir, et pendant ce temps, ils pourraient décider la non-reconduction de l’année blanche. La réforme de l’assurance chômage a bien été actée pour le 1er juillet ! »

La date du 15 mai porte avec elle son lot de confusion et d’incertitudes. Un nouveau casse-tête en prévision pour les gérants de lieux culturels, comme l’est Fredéric Jumel, le directeur de Paloma.

« Nos programmations se font au trimestre, et sont établies sur une ou deux années. Le programme actuel pour mai-juin est prêt depuis 6 à 8 mois, et on attend des précisions supplémentaires pour annuler les dates, puisqu’on ne connaît pas encore les conditions de réouverture. Nos dates sont basées sur les conditions d’accueil des salles en temps normal. Prenons la Grande Salle, qui peut accueillir 1 400 personnes. En fonctionnement habituel, notre jauge est de 3 personnes au m². Les nouvelles conditions pourraient nous demander de respecter 8 m² par personne, ce qui ferait descendre la jauge de 1400 personnes à seulement 130. Le montant moyen d’un billet étant d’environ 20 euros pour cette salle, cela ferait un trou de 25 000 euros par date. Ce n’est pas faisable ! Et lorsqu’on annule les dates, il n’y a pas de cachet, ni pour les intermittents ni pour les salariés… » alerte Fredéric Jumel.

Flou pour les intermittents

Paloma, c’est une équipe de 22 permanents à l’année et des chargés de mission pour l’accompagnement, la programmation et le service éducatif. « Si tout rouvre bien le 15 mai, nous n’aurons jamais le temps de faire nos heures, et beaucoup de personnes vont passer à la trappe ! » déplore une intermittente du spectacle.

Pour l’une de ses collègues, la situation est plus préoccupante encore : « Je fais de la danse contemporaine parmi une compagnie de cirque de rue, et même si tout rouvre le 15 mai, on ne va pas jouer.

Les festivals sont limités, et d’ici août, je serai bien loin d’avoir fait mes heures. Si le système intermittent ne survit pas à cette crise, alors comment on fait, après ? » Une question ouverte, qui trouvera peut-être quelques pistes de réflexion lors des prochaines réunions.

Paloma Mélanie Domergue
Les équipes se relaient nuit et jour pour équiper la salle de musiques actuelles. Crédit photo : Mélanie Domergue

Et si réouverture il y a, la question des conditions n’est pas prise à la légère. « Si les concerts doivent être assis et dépourvus de bar, c’est un reniement de nos esthétiques et de nos valeurs. Quand on vient à Paloma, on vient voir un concert, mais surtout y vivre, se retrouver, partager en découvrant de nouvelles personnes. » L’esthétique de certaines scènes reste donc encore compromise, notamment pour le domaine de l’électro.

Communication plus forte et lettre ouverte aux élus

Si la fatigue est sous-jacente, néanmoins, le pessimisme ne gagne pas les esprits. Cette nouvelle assemblée générale était l’occasion de voter pour l’occupation prolongée du lieu et valider la mise en place de deux référents de sécurité. Deux points adoptés par l’assemblée, avant que ne survienne une autre bonne nouvelle : une manifestation autorisée par la Préfecture dès le lendemain matin.

Ce samedi, tous les volontaires ont ainsi défilé en centre-ville de Nîmes, lors d’une marche funèbre pour enterrer la culture et le service public. « Et s’il faut retourner enterrer la culture les samedis suivants, on y retournera ! » encourage Alexandre Cussey, président de la Fédération des musiques actuelles du Gard.

Cette réunion était aussi nécessaire pour mettre un point en avant : la nécessité de communiquer davantage sur l’occupation afin de rallier le plus grand nombre à cette cause. Paloma est un lieu excentré du centre-ville, ce qui ajoute une difficulté pour se faire entendre des habitants. « Une trentaine de personnes se succèdent tous les jours pour nous écouter la journée, ou pour dormir sur place le soir. De nouvelles personnes viennent nous soutenir à chaque réunion. On a sans doute touché au moins 500 personnes depuis le début de l’occupation », précise malgré tout Alexandre Cussey.

Paloma Mélanie Domergue
L’un des défis des occupants de Paloma est de sensibiliser davantage de personnes à leur cause. Crédit photo Mélanie Domergue

Là encore, des solutions devraient être trouvées d’ici les prochains jours. « Les gens doivent comprendre que toute cette situation les touche.

Ce n’est pas qu’une histoire d’intermittents qui défendent leurs salaires. Tout repose sur le choix de société vers laquelle on souhaite aller : est-ce qu’on pense aux individus ou au marché avant tout ? », insiste Fredéric Jumel, qui refuse de laisser s’installer une société où les entreprises privées reprendraient la main sur le secteur culturel.

D’un commun accord, les participants à cette réunion ont également décidé de mettre en place une commission pour rédiger une lettre ouverte afin d’alerter les élus du territoire.

Mélanie Domergue

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