Montreux Jazz Festival 2026 — Loyle Carner & Vulfpeck, deux histoires d’amour faites pour durer
Where Legends Are Born. La signature du Montreux Jazz Festival n’est pas qu’un slogan accroché sur une affiche. Année après année, on la voit se vérifier concrètement : le Festival ne se contente pas d’inviter des artistes, il construit avec eux une relation qui dure.
Depuis 60 ans, été après été, le MJF offre le terrain de jeu nécessaire aux artistes pour grandir et affirmer leur vision créatrice. Peu de festivals au monde peuvent se targuer d’avoir tissé des liens privilégiés avec des musiciens légendaires comme Nina Simone, Miles Davis, Quincy Jones, Prince et tant d’autres…
L’exemple le plus frappant de cette édition anniversaire, c’est RAYE. Trois années consécutives, trois étapes différentes d’une trajectoire fulgurante. On l’avait découverte en pleine ascension, on l’a vue revenir consacrée. Cette année, elle ouvrait le Festival avec une création sur mesure, où elle a convié Alicia Keys et Mark Ronson sur scène pour un moment d’apothéose collective.
De nombreux artistes tombent amoureux du Montreux Jazz Festival. Ils deviennent alors des habitués de sa légende, et reviennent pour l’écrire année après année.
Cette année, une autre soirée incarne parfaitement ces histoires d’amour : celle du vendredi 17 juillet à l’Auditorium Stravinski, avec le retour de Loyle Carner et Vulfpeck.

Après nos chroniques sur le OFF et sur le Jazz Lab, il est temps de terminer notre couverture de cette 60e édition. On retourne enfin à l’Auditorium Stravinski pour vous parler de cette soirée de retrouvailles.
Loyle Carner, l’évolution d’un artiste qu’on a vu grandir sous nos yeux
S’il y a un artiste dont la trajectoire illustre à elle seule comment le Montreux Jazz accompagne ses artistes, c’est bien Loyle Carner.
On l’avait découvert en 2022 sur la scène du Montreux Jazz Lab, en simple duo avec son beatmaker Rebel Kleff, en ouverture du concert de Parcels. Un rappeur encore en devenir, venu tester le terrain.
Un an plus tard, il revenait dans un tout autre état d’esprit : groupe complet, costumes trois pièces. Une déclaration sur scène qui disait tout du chemin parcouru, Montreux comme rêve de gosse enfin réalisé, le premier vrai concert avec un band à la hauteur de son ambition.
Trois ans plus tard, Loyle Carner quitte le Jazz Lab pour poser ses valises à l’Auditorium Stravinski, la plus grande scène du Festival. Ce parcours n’est pas anodin. Il raconte, concert après concert, l’évolution d’un artiste qui a mûri sans jamais perdre ce qui a fait sa singularité : flow décontracté, textes sensibles, sur des instrumentales à la croisée du hip-hop, du jazz et du R&B.
Depuis sa dernière venue à Montreux, il a publié son quatrième album studio, Hopefully! et un live enregistré au Royal Albert Hall. La confirmation qu’il a désormais l’envergure pour remplir les salles historiques ?

Sur la scène de l’Auditorium Stravinski, on retrouve son groupe au complet, et on mesure immédiatement ce que ce nouvel écrin change pour l’artiste. La voix porte différemment, l’espace scénique est plus grand. Loyle Carner semble enfin avoir toute la place pour déployer son univers dans son intégralité.
Le set alterne les nouveaux titres de Hopefully! et les classiques qui ont construit sa réputation. Il convoque au passage les voix de la scène londonienne qui a grandi avec lui : Tom Misch, Jordan Rakei, Olivia Dean, Ezra Collective…
En live, on ressent d’autant plus l’univers sensible de Loyle Carner, entre rage contenue et tendresse assumée. Ses confidences sur l’enfance et la paternité laissent entendre une voix et un flow toujours plus assumés.
Voilà une belle démonstration de ce que Montreux offre à ceux qui y reviennent : un véritable espace de croissance artistique. Et pour les fans, le festival devient un observatoire de l’évolution de leurs artistes préférés.
Le concert suivant est aussi un exemple parlant des connexions qui se créent entre le festival, ses artistes et son public.
Vulfpeck, le collectif indépendant qui trouve sa deuxième maison au MJF
Vulfpeck a construit toute sa légende en allant à l’encontre des codes de l’industrie musicale. Pas de label majeur, pas de single formaté pour la radio, une stratégie de marketing à base de vidéo homemade et quelques pieds de nez aux plateformes de streaming.
Cette indépendance farouche, presque provocatrice, est devenue leur signature autant que leur musique et leur a permis de bâtir une des communautés de fans les plus fidèles de la scène funk actuelle.
Vulfpeck, c’est plus qu’un groupe : c’est davantage un collectif. Fondé en 2011 à Ann Arbor par des musiciens sortis du conservatoire du Michigan, le collectif fonctionne sur un principe simple : tout le monde compose, tout le monde joue de plusieurs instruments et chante, personne n’est cantonné à un rôle fixe.
Cette porosité fait de Vulfpeck un véritable terreau fertile : elle a vu naître les carrières de Cory Wong, Theo Katzman ou Joey Dosik, et donné naissance à d’autres projets satellites comme les Fearless Flyers ou Vulfmon.
Musicalement, le collectif défend une philosophie funk low volume. Plutôt que d’enchaîner les solos et la démonstration, on laisse la part belle aux arrangements sophistiqués et aux harmonies vocales. Chaque instrument trouve sa juste place dans un groove minimaliste imparable dont l’élément central est la basse de Joe Dart. C’est cette formule, presque chirurgicale, qui a permis à de nombreux de leurs morceaux de devenir de véritables standards pour toute une génération de musiciens.
Depuis la dernière venue du groupe en 2024, l’actualité n’a pas manqué. Clarity of Cal, sixième album studio, est sorti en mars 2025, enregistré en public lors de concerts à Berkeley et Los Angeles. Le groupe a ensuite enchaîné les grandes scènes américaines, entre Red Rocks et un second album live enregistré au Madison Square Garden.
Une autre nouvelle tombe quelques mois avant notre venue à Montreux : Theo Katzman annonce qu’il ne participera pas à la tournée 2026 du groupe pour se consacrer à sa carrière solo.
Une page qui se tourne, et qui donne à cette soirée une saveur particulière : on va découvrir un Vulfpeck en pleine reconfiguration.

Qui dit collectif dit acteurs interchangeables, et cette année ne fait pas exception. Les membres de Vulfpeck accueillent deux nouvelles têtes pour combler l’absence de Theo Katzman : Louis Cato, chanteur, guitariste et batteur, connu notamment pour son rôle de chef d’orchestre au Late Show, et Charles Jones, claviériste déjà présent depuis des années dans l’univers Vulfpeck. Deux choix qui en disent long sur la philosophie du collectif : plutôt que de chercher un remplaçant, on élargit encore la famille.
Le set démarre fort, sans temps mort, avec trois tubes qui posent immédiatement l’ambiance : 3 on E, 1612 et Cory Wong. On enchaîne ensuite avec des titres plus récents, au côté comédie musicale assumée de Clarity of Cal, à commencer par Big Dipper et This Is Not the Song I Wrote, qui dévoilent une facette plus chorale et vocale du groupe.
L’un de nos moments préférés arrive pile au milieu du set : Runnin’ Away, plus soul, plus posée, où toute la salle chante en chœur avec Joey Dosik. Un instant suspendu au milieu de l’énergie du reste du concert.
Il faudra attendre la toute fin pour le moment que tous les fans de la première heure attendent : le solo de basse de Joe Dart. Il commence d’abord son solo sur scène avec Beastly, puis en remet une couche en rappel sur Dean Town. Un déferlement de technique pure qui électrise toute la salle. Un final qui rappelle, s’il en était besoin, pourquoi Joe Dart est considéré comme l’un des meilleurs bassistes de sa génération.
Ce soir, on assiste à de belles retrouvailles entre Vulfpeck et le public du Montreux Jazz. Avec sa philosophie libre et virtuose, le collectif a prouvé qu’il s’est déjà fait une place de choix dans l’histoire du festival.
Mais la plus belle preuve de cette complicité avec le Festival se joue en réalité une fois le concert terminé. Ce soir-là, Cory Wong, Jack Stratton, Louis Cato, Charles Jones et Jacob Jeffries rejoignent la jam nocturne du Memphis. Mieux encore, certains reviennent y jouer le lendemain, sans concert prévu, pour le plaisir de prolonger la fête.
Comme tant d’autres musiciens avant eux, les membres de Vulfpeck auraient-ils trouvé une deuxième maison à Montreux ?
Une fois de plus, on retrouve cette signature propre au MJF. Cette capacité à transformer une simple date de tournée en un vrai lien, qui donne envie aux artistes de rester un peu plus longtemps que prévu et de revenir écrire l’histoire.
Montreux, ou l’art de faire grandir ses légendes
Difficile de trouver meilleure conclusion à notre couverture de cette 60e édition que cette soirée du 17 juillet.
D’un côté, Loyle Carner, dont on a suivi chaque étape depuis 2022, et qui prouve une fois de plus que Montreux sait accompagner un artiste jusqu’à sa pleine maturité.
De l’autre, Vulfpeck, qui confirme avec ce deuxième concert à Montreux que leur histoire ici ne fait que commencer.
C’est peut-être ça, le vrai secret du MJF : ce n’est jamais un festival qu’on traverse une fois. Pour les artistes comme pour le public, c’est un endroit où l’on revient, où l’on grandit, où l’on construit son histoire par étapes.
Merci au Montreux Jazz Festival pour cette 60e édition mémorable.
On se retrouve l’année prochaine pour la suite de l’histoire.
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