Montreux Jazz Festival 2026 — Pale Jay & Dabeull Live Band, soul intime et funk explosive au Jazz Lab

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Après notre première chronique qui vous a fait explorer les scènes gratuites, il est temps de pousser les portes du 2M2C pour attaquer notre couverture de la programmation payante. 

Pour cette 60ᵉ édition, le retour au Centre des Congrès redonne au Montreux Jazz Festival sa configuration historique. On a enfin le plaisir de retourner au Montreux Jazz Lab, l’ancien Miles Davis Hall devenu la scène des musiques actuelles. 

Plus intime que l’Auditorium Stravinski, le Jazz Lab retrouve ce qui a toujours fait son charme : une proximité rare entre les artistes et leur public. Ici, on ne vient pas seulement assister à un concert. On vit la musique de l’intérieur. 

Pour son grand retour, la programmation du Jazz Lab a frappé fort avec des artistes aux styles variés qui ont pris possession des lieux pendant deux semaines de festival.

La pépite R&B Sekou qui partage l’affiche avec Eddy de Pretto, l’indie folk d’Angus & Julia Stone qui laisse place à l’électronique aventureuse de ¥ØU$UK€ ¥UK1MAT$U, Sienna Spiro qui rend hommage à Nina Simone et le meilleur de la pop et de la soul actuelle avec Liniker, Naïka et Selah Sue

Deux semaines intenses de concerts où tout amateur de musique trouverait son bonheur. Nous on a choisi de vous parler de la soirée du samedi 11 juillet. Ce soir-là, le Montreux Jazz Lab programmait une soirée en deux temps qu’on avait cochée depuis l’annonce de la billetterie.

D’un côté, Pale Jay, nouvelle énigme de la soul contemporaine. Une silhouette masquée, une voix céleste et une musique tournée vers l’intime. 

De l’autre, Dabeull, artisan obsessionnel de la funk analogique. Une machine à groove venue rappeler que le meilleur moyen d’honorer les années 80 est encore d’en retrouver l’énergie.

Deux visions de la nostalgie sonore, deux manières radicalement opposées de la mettre en scène. On vous raconte.

Pale Jay – La voix d’ange d’un soulman masqué

Pale Jay est un pianiste et chanteur soul originaire de Californie du Sud dont la véritable identité et l’âge restent encore inconnus. 

Depuis ses débuts en 2021, il préserve soigneusement son anonymat derrière une cagoule de ski rouge et un bucket hat blanc qui ne laissent voir que ses mains et son regard. Une esthétique qui marque les esprits et qui a le don d’entretenir le mystère autour de l’artiste. Derrière ce choix visuel fort, on découvre un projet musical d’une grande sincérité. 

Révélé par l’album The Celestial Suite (2021), Pale Jay propose une soul élégante et introspective, où chaque chanson semble écrite comme une confidence. En quelques années seulement, il se fait une place sur la nouvelle scène soul internationale et rejoint Karma Chief Records, label qui réunit notamment Black Pumas et Durand Jones & The Indications.

Depuis, les albums s’enchaînent naturellement. Bewilderment (2023) et Low End Love Songs (2024) permettent à l’artiste de développer son univers. Au fil des chansons, on découvre des arrangements orchestraux luxuriants à la Donny Hathaway, et une voix de falsetto digne d’un Frankie Valli. 

C’est d’ailleurs cette véritable voix d’ange qui fait la signature sonore de Pale Jay et on a hâte de l’écouter en live au Montreux Jazz Lab. 

Crédit photo : Marc Ducrest

Sur la scène du Jazz Lab, la formation est resserrée : Pale Jay au chant, entouré d’un seul guitariste/bassiste et d’un claviériste. Un choix qui installe immédiatement un climat intimiste, presque confidentiel. On retrouve aussi la tenue signature qui fait tout le travail de mise en scène à elle seule. Quelques roses rouges décorent les pieds de micros.

On sent d’emblée un artiste presque timide, introverti, et c’est précisément cette retenue qui devient sa force. 

Plutôt que de la combattre, Pale Jay crée un moment de douceur suspendue avec le public, une conversation à voix basse dans une salle bondée. Sa manière de bouger est singulière et captive le public. Sur ses instrumentales sophistiquées, il ondule les bras dans un mouvement à mi-chemin entre danse contemporaine et pas hachés de breakdance.

Sa voix est bel et bien impressionnante en live. Le falsetto tient parfaitement la distance, porté par des productions léchées et fidèles aux albums. On regrettera simplement un rendu un peu moins organique que ce qu’on espérait. Avec seulement deux musiciens pour l’accompagner, le reste des arrangements et orchestrations est assuré par des pistes audio.

Le concert n’en reste pas moins un beau moment de communion, en particulier sur ses deux titres les plus populaires, Under The Magnolia Tree et Shameful Game, où toute la salle chante en retour.

En live, Pale Jay émerveille avec une soul cinématographique qui joue sur la corde sensible. 

Quand le concert se termine, on a vraiment l’impression d’avoir partagé un moment intime hors du temps avec l’artiste.

Besoin d’une bulle de douceur ? Foncez écouter Pale Jay

Dabeull Live Band – La fusée funky qui ne retombe jamais

Après un changement de plateau d’une trentaine de minutes, il est l’heure de changer de tempo car on a rendez-vous avec Dabeull.

S’il y a bien un artiste qui incarne le renouveau du funk analogique, c’est David Saïd, alias Dabeull. Ce Parisien né en 1985 vit pour les basslines qui vrombissent, les synthés vintage et le son analogique brûlant. Chez lui, l’âge d’or du funk des eighties n’a jamais pris fin.

Depuis 2014, Dabeull construit sa légende en revisitant tout ce qu’il aime de cette époque. Sur le label French Touch mythique Roche Musique, il développe une discographie déjà iconique, par exemple avec l’EP Intimate Fonk (2019). 

Il s’entoure aussi d’un large collectif de musiciens, le Dabeull Live Band, avec des membres emblématiques comme la chanteuse Holybrune, le claviériste Rude Jude ou le saxophoniste Ferdi. Il collabore également avec le pianiste Sofiane Pamart pour sortir l’album Loving Life en 2021.

Pour Dabeull, chaque détail compte et l’esthétique 80s doit être soignée dans tous les aspects du projet. D’abord visuellement : moustache, lunettes fumées, chemises et costumes vintage. Mais surtout dans le son : Dabeull utilise exclusivement des boîtes à rythmes et des synthés mythiques des années 80 en studio comme sur scène pour préserver les sonorités exactes de l’âge d’or du funk. 

Dabeull pousse toujours plus loin sa passion pour le matériel de l’époque. Par exemple, son dernier album Analog Love (2024) a été mixé sur la même console Harrison 32C qui a servi à produire Thriller de Michael Jackson. 

Autant dire qu’on attendait cette deuxième partie de soirée avec une curiosité particulière, et elle n’a pas déçu.

Crédit photo : Tiago Borges

Onze musiciens s’installent sur la scène du Jazz Lab : quatre claviéristes, trois vocalistes, un batteur, un percussionniste, un saxophoniste et un guitariste. Une scénographie impressionnante, saturée de claviers des années 80 que Dabeull prend soin de présenter entre les morceaux, avec une tendresse particulière pour chaque modèle.

Le set alterne intelligemment les titres du dernier album et les tubes, à commencer par You & I et Body Heat, qui déclenchent une ferveur immédiate dans la salle. Dabeull nous offre aussi une reprise du groupe funk légendaire Zapp, clin d’œil parfait à l’héritage qu’il revendique sans détour.

Le public adore quand Dabeull joue de la talk box, instrument qui synthétise sa voix à travers un clavier pour lui donner ce son robotique caractéristique. La chanteuse Holybrune met le feu à chacune de ses interventions, tandis que les musiciens se passent les solos avec une évidence qui trahit des années de complicité. Si ce n’est pas le claviériste Rude Jude qui pianote frénétiquement, c’est Ferdi le saxophoniste qui prend le relais. 

On a aussi droit à une jam improvisée en plein set, où Dabeull construit avec ses musiciens un morceau de funk sous nos yeux. Ensemble, ils ajoutent un à un les ingrédients d’un groove imparable : un beat de boîte à rythmes vintage, une ligne de synth-bass groovy, et plusieurs nappes synthés pour faire décoller le tout. Grâce à cette recette maison, on obtient en 30 secondes une boucle funky intemporelle qui fait danser toute la salle.

Ce qui frappe dans ce concert du Dabeull Live Band, c’est l’énergie qui ne retombe jamais. Du premier au dernier morceau, on est transpercé par un son puissant qui fait danser du début à la fin. 

Le show nous propulse en plein cœur de la fièvre des 80s à bord d’une fusée funky lancée à pleine vitesse. 

Absolument imparable en live.

Envie d’une expérience funk authentique ? Il vous faut Dabeull dans votre playlist.

Deux visages de la nostalgie pour une soirée réussie au Montreux Jazz Lab

Difficile d’imaginer plus grand écart que celui proposé par cette soirée du 11 juillet. 

D’un côté, on a frissonné dans l’intimité du concert de Pale Jay, un artiste soul masqué qui transforme sa sensibilité fragile en confidence musicale.

De l’autre, on a dansé et transpiré grâce à l’explosion funky d’un Dabeull Live Band infatigable qui ne laisse jamais retomber la pression.

En une soirée, le Montreux Jazz Festival nous a proposé deux façons radicalement différentes de faire vivre la nostalgie. L’une chuchote, l’autre hurle de joie. 

Dans notre prochaine chronique, on reste au 2M2C mais on change de salle : direction l’Auditorium Stravinski pour raconter la soirée Loyle Carner & Vulfpeck qui a elle aussi marqué cette 60e édition du MJF.


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