Selah Sue and The Gallands aux Nuits de Fourvière : quand groove devient thérapie
Il y a des soirs où le Théâtre Antique de Lyon ne ressemble plus vraiment à un lieu de concert, mais à une bulle hors du temps. Les Nuits de Fourvière ont ce pouvoir-là, et la magie a encore opéré. Au programme : deux artistes venues bousculer leur propre son pour défendre un nouvel album. D’un côté Djazia Satour, en ouverture. De l’autre Selah Sue, en tête d’affiche, entourée pour la toute première fois d’un vrai groupe.
Djazia Satour, une pop qui n’a pas de passeport
Djazia Satour a ouvert le bal avec les titres de El Hourriya (La liberté), son album sorti en 2025. Son chant en arabe, porté par le bendir (percussion traditionnelle du Maghreb), plonge direct dans ses racines algériennes, tandis que le piano de Pierre-Luc Jamain apporte des touches pop presque expérimentales. Une ouverture douce mais surprenante, à la manière d’une Kate Bush, idéale pour planter le décor de la soirée.

Selah Sue and The Gallands : l’union fait la force
Cinq ans après son dernier passage à Fourvière, Selah Sue est de retour avec un tout nouveau projet baptisé Movin’, sorti le 20 mars 2026. Oubliez la chanteuse seule avec sa guitare : cette fois, elle partage la scène avec Stéphane et Elvin Galland (un duo de musiciens jazz belges père-fils) et deux choristes,Okon et Stefy .
Sur scène, le changement est total et rappelle l’esprit brut de leur morceau d’Intro : une ambiance de jam-session très live, où les instruments s’ajustent en direct avant que le rythme ne démarre. On ressent une vraie communion. Blotties les unes contre les autres, les trois femmes unissent leurs voix sur des harmonies chaudes, notamment sur le titre You & Me, une ode à la connexion humaine et au lâcher-prise.
Soudain, la musique s’arrête sous les applaudissements nourris du public lyonnais. Très émue, les mains sur le cœur, Selah Sue prend la parole pour raconter cette aventure collective :
« Quel honneur de jouer ici. […] C’est la première fois que je fais partie d’un groupe, je ne suis pas juste Selah Sue ici, c’est Selah Sue et The Gallands. […] On a fait cet album en trois mois. C’est juste du jeu, il n’y a pas beaucoup d’ego, pas besoin de trop penser… juste être honnête. »

Danser sa peine pour guérir
Concrètement, ce nouveau son mixé par Russell Elevado qui a eu l’occasion de travailler avec Alicia Keys, D’Angelo ou Jon Batiste, balance constamment entre l’ombre et la lumière. L’album explore la détresse et le deuil à travers l’ambiance intense et mystique de morceaux comme Another Way, où Selah Sue chante la sensation de perdre le contrôle face à la douleur.
Mais sa réponse ne reste jamais figée dans la tristesse. Elle bascule immédiatement dans l’énergie libératrice de Ready To Play, un hymne au lâcher-prise qui rappelle que la vie est un jeu.
La mise en scène raconte d’ailleurs cette guérison. Le concert commence dans une obscurité mystique, puis, au fil des morceaux, Selah Sue commence à faire bouger son corps, entraînant le public avec elle. Visuellement, la lumière revient petit à petit sur scène. C’est une libération par le mouvement : on danse sa peine plutôt que de la subir.

Ce qui reste de cette soirée
Ce qui a rendu ce moment si fort, c’est le contraste réussi entre l’intimité des anciennes ballades de Selah Sue, portées par sa seule voix, et la puissance de son nouveau groupe. En transformant sa nostalgie en un grand moment de partage collectif, l’artiste a prouvé une fois de plus que la musique reste la plus belle des thérapies.

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