Celeste à l’Olympia : le masque, la femme, et tout ce qu’il y a entre les deux
Le 30 juin 2026, Celeste jouait à l’Olympia pour un concert lors de sa tournée pour défendre son nouvel album. Sur scène, un geste simple mais fort : un masque en plastique, mis, enlevé, puis remis. Un écho presque troublant à Woman Of Faces, son second album sorti en novembre 2025, entièrement construit autour des masques que les femmes doivent porter pour exister en société.

Il y a des concerts où la mise en scène raconte autant que les chansons. Celui de Celeste à l’Olympia en fait partie. Dès son entrée, l’artiste britannique porte un masque en plastique. Elle l’enlève. Elle le remet quelques titres plus tard. Elle l’enlève à nouveau. Un geste répété, presque rituel, qui n’est sûrement pas un hasard chez une artiste dont tout l’album tourne autour d’une question : qui sommes-nous derrière les visages qu’on nous force à porter ?
Le masque comme prolongement de l’album
Woman Of Faces parle des masques que les femmes doivent porter pour « faire bonne figure », un sourire de façade, une image lisse, un rôle appris par cœur. Sur scène, Celeste ne se contente pas d’en parler : elle le montre, tout simplement. Ce jeu avec le masque, qu’elle met et enlève, devient une image concrète de ce que raconte l’album. On le porte, on s’en débarrasse, parfois on le remet comme pour rappeler que se libérer des attentes sociales, ça ne se fait jamais d’un coup, mais par étapes, avec des reculs.
Le reste de son attitude sur scène va dans le même sens : rien n’est calculé. Loin des chorégraphies bien réglées, Celeste bouge de façon presque imprévisible : elle s’allonge par terre sans prévenir, marche dans tous les sens sur la scène, enlève ses chaussures en plein concert. Une façon d’être presque naturelle, presque comme chez soi, qui donne l’impression de voir quelqu’un vivre ses émotions en direct plutôt que de suivre un show pensé pour l’image.

Un public à l’écoute plus qu’en fête
Autre signe que ce concert n’était pas comme les autres : la réaction du public. Pas de cris entre les chansons, pas d’ovations bruyantes mais des applaudissements très forts, et surtout un silence d’écoute rare. Une salle concentrée, presque suspendue, plus prise par le moment que par l’envie de faire la fête. Cette ambiance colle bien à Woman Of Faces, un album qui ne cherche jamais le tube facile, mais plutôt l’introspection.
L’ambiance visuelle allait dans le même sens, très sombre, presque austère. Un choix qui semble cohérent avec l’univers de l’artiste au point de se demander si cette faible lumière n’est pas volontaire, pour éviter les photos trop parfaites et forcer un rapport plus vrai, plus brut, au moment présent.

Une palette musicale plus large qu’on ne l’imagine
Le concert a aussi montré un autre visage de Celeste : la variété de sa musique. À côté des titres doux qu’on connaît bien, la setlist a laissé place à des morceaux beaucoup plus intenses, presque rock, avec une vraie couleur britannique entre l’ambiance de Massive Attack ou Portishead et la voix soul d’une Amy Winehouse ou d’une Adele. Une amplitude qui permet de passer, en deux chansons à peine, d’un moment très émouvant à un moment beaucoup plus électrique.
Un des titres joués vers la fin du concert a particulièrement marqué les esprits par sa durée et son côté un peu expérimental, un morceau long, presque hypnotique, qui devient un vrai voyage plutôt qu’une simple chanson.
Le son de la salle a aussi été salué : on entendait aussi bien les musiciens que la voix de Celeste elle-même : une voix sans artifice, sans autotune, portée uniquement par sa justesse naturelle.
L’intimité, condition de la sincérité
Autre point important : la taille de la salle. L’Olympia, mythique mais à taille humaine comparée à une aréna, semble être l’endroit parfait pour l’univers de Celeste. Cette proximité permet à chaque expression, chaque saut inattendu, chaque moment où elle erre sur scène, de toucher directement le public, quelque chose qui se perdrait sans doute dans un espace plus grand et plus froid.

Tomber le masque, pour de vrai
C’est peut-être ça, le bon angle pour raconter ce qui s’est passé à l’Olympia : Celeste n’a pas eu besoin d’un grand discours pour toucher son public, elle lui a offert un symbole. En mettant puis en enlevant ce masque en plastique tout au long du concert, elle a rendu visible ce que son album raconte en creux le poids des masques sociaux, et la difficulté, mais aussi la nécessité, de s’en défaire. Le public de l’Olympia n’a pas seulement écouté Woman Of Faces. Il l’a vu se jouer, pour de vrai, sous ses yeux.
Woman Of Faces, disponible depuis le 14 novembre 2025.
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