Youssef Swatt’s adresse sa lettre d’amour au Rap, avec « Chute Libre »

Qui est Youssef Swatt’s ?
Youssef Swatt’s, rappeur belge de 26 ans issu d’une famille algérienne, découvre le rap à l’âge de 14 ans à Tournai. Son premier album, Vers l’infini et au-delà, sort en 2017, soutenu par une campagne de financement participatif locale. S’en suivent deux autres albums : Poussière d’espoir en 2020 et Pour que les étoiles brillent en 2022, au cours desquels Youssef collabore avec des figures emblématiques du rap français. Influencé par l’ancienne école du rap, ses références incluent des artistes comme Psy4 de la Rime, Youssoupha et Kery James. Il se forge une solide réputation grâce à ses textes engagés et un style imprégné des sonorités de l’époque dorée du rap français.
Son mélange de paroles profondes et de sonorités modernes lui permet de toucher un large public, alliant rap conscient et hits actuels. En 2023, après avoir initialement refusé de participer à la saison 2 de Nouvelle École, Youssef décide de tenter sa chance pour la saison 3 de l’émission de rap diffusée sur Netflix. À l’époque, il estime que son art n’a pas sa place dans un programme orienté vers un rap plus commercial. Ironie du sort, il remporte finalement la saison avec son morceau Générique de fin, un titre qui réconcilie tous les amateurs de rap avec la scène française. Il sort un EP CHUTE LIBRE, sorti le 21 février dernier, qui devient pour lui et pour ses fans, une vraie déclaration d’amour au rap français.
Avec un titre comme CHUTE LIBRE, qui contraste directement avec ses premiers albums qui contemplent les étoiles, en quête d’ascension dans la scène rap, on devine une prise de position et même une prise de risque avec un album qui ne s’adresse pas aux labels mais bien aux fidèles du vrai rap.
« J’fais pas d’la zik qui parle aux labels, j’fais de la zik qui parle aux gens. »
Lettre d’amour : le spleen de Youssef Swatt’s
Dans Épilogue, il rappe puissamment avec mélancolie :
« Ma mélancolie va faire de l’audimat, mais aucun chèque pourra m’payer l’anonymat. »
Cette phrase en dit long sur la vision qu’il a de son succès. Contrairement à d’autres artistes qui recherchent la célébrité à tout prix, l’artiste veut que sa musique parle avant tout aux âmes sensibles, aux rêveurs et aux écorchés vifs. Son talent réside dans cette capacité à toucher à la fois ceux qui ont grandi avec l’âge d’or du rap français et ceux qui découvrent un rappeur sincère, en dehors des artifices de l’industrie. Sur ce morceau, il est d’ailleurs en featuring avec Sofiane Pamart, qui accompagne des lyricistes au piano, comme Bigflo et Oli, Disiz ou encore Scylla.
Dans Le monde qui tourne autour de moi, il expose aussi ce paradoxe du succès :
« Si le monde est petit, pourquoi j’ai le vertige ? J’étouffe même à l’air libre, perdu dans les vestiges. »
Là encore, il ne s’agit pas seulement de punchlines, mais d’un réel questionnement sur la célébrité, sur la place d’un artiste dans un monde qui va trop vite. Pour Youssef Swatt’s, le temps est un concept qui l’angoisse, et pour lui, peu importe dans quelle phase de sa vie il est, cela sera toujours le cas. Dans le Code, il confie à Mehdi Maizi, qu’il aura sûrement toute sa vie un attrait et un penchant pour la mélancolie et la tristesse dont il arrive à en puiser une certaine beauté, qu’il transmet dans ses morceaux.
Gagnant de la Nouvelle Ecole du Rap
Depuis sa victoire à Nouvelle École, le gagnant devient le porte-étendard d’un rap à texte, authentique et sincère. Son EP “CHUTE LIBRE” est attendu avec une ferveur particulière, non seulement par ses fans de la première heure, mais aussi par tous ceux qui sont conquis par sa plume au fil de l’émission.
En 8 morceaux, il prouve que le rap français peut encore toucher les cœurs, loin des tendances éphémères et des morceaux formatés pour les plateformes de streaming.
Youssef Swatt’s est la preuve vivante que la profondeur et l’engagement peuvent encore briller dans une industrie où la mélodie prend parfois le pas sur les mots. Dans Générique de fin, il résume cette opposition entre le rap de fond et celui de la forme.
« J’ai la dalle, ça fait des années, mon hip-hop : un héritage que je ne travestirai jamais »
« Ils font des hits qu’on oubliera la semaine prochaine, moi j’écris des chansons qu’ils comprendront qu’à la saison prochaine »
Avec ces punchlines, il affirme son refus de se plier aux exigences du marché et rappelle que le rap est avant tout un art populaire, ancré dans le réel.
Enfant de l’ancienne école du rap
Malgré tout, le rappeur doute longtemps de sa place dans cette industrie. Il le confie d’ailleurs dans Le Code, émission de Mehdi Maizi lors d’une interview pour Apple Music :
« Mon rap, il aurait plus marché il y a 20 ans. Ouais, il y a 20 ans en arrière, mes sons auraient percé, mais on n’est plus dans cette ère du temps. »
Ce doute légitime est pourtant balayé par son parcours dans Nouvelle École, où il prouve que la plume et la sincérité ont encore leur place dans le rap actuel. Ce n’est pas un hasard si ses morceaux résonnent autant auprès de la vieille école du rap français, celle qui grandit avec les textes de Lunatic ou d’Oxmo Puccino.
Youssef Swatt’s redonne vie au rap, pour ultime preuve d’amour
« Le rap m’a sauvé la vie et j’vais sauver la sienne »
Ici, dans Générique de fin, le lyriciste exprime à quel point le rap est une bouée de sauvetage pour lui. Il sous-entend que, grâce à cette musique, il trouve un sens à sa vie.
En retour, il veut redonner au rap sa profondeur, sa sincérité et sa force originelle, dans un paysage musical souvent dominé par des morceaux éphémères et commerciaux. Il place ainsi son art dans une démarche presque militante : préserver l’essence du rap.
Depuis plusieurs années, un débat agite la sphère du rap français : le rap est-il en train de mourir ? De nombreux observateurs, artistes et puristes dénoncent une standardisation du genre, une dilution de son essence au profit d’une musique formatée pour les plateformes de streaming.
À la base, le rap est bien plus qu’une simple musique. Il est une forme d’expression née du besoin de raconter, de dénoncer et de transmettre un message. Il repose sur trois piliers fondamentaux :
- Le texte : une écriture travaillée, des punchlines marquantes, un storytelling percutant.
- Le flow : la manière de poser les mots sur la musique, le rythme, l’originalité.
- L’authenticité : le rap est une musique qui parle du réel, qui exprime des émotions sincères et des revendications sociales.
Des figures comme Rohff, Salif, Lino ou Dicidens ont toujours insisté sur cette dimension littéraire et engagée du rap. Kery James le résume parfaitement dans son morceau 28 décembre 1977 :
« Mais mon rap était trop sincère, trop dur, trop franc »
« Conséquence succès d’estime, mais trop choquant pour leur France »
Le rap est une musique de vérité, c’est pas que du divertissement.
Or, aujourd’hui, ce socle fondamental est mis à mal par plusieurs phénomènes. Le rap moderne est de plus en plus formaté, dominé par le streaming et l’algorithme qui privilégient des morceaux courts et accrocheurs. Kery James dénonçait déjà ce phénomène dans Musique Nègre :
« Musique nègre, Pas calibrée pour la FM, on fait de la musique nègre
Quelle insolence ! »
L’écriture s’efface au profit des mélodies autotunées, et le storytelling disparaît. Booba lui-même l’affirme :
« Le rap aujourd’hui, c’est que des mélodies et des gimmicks, y’a plus d’écriture. »
Les maisons de disques d’aujourd’hui misent sur des rappeurs capables de produire des hits rapides, formatés pour le streaming, plutôt que sur des artistes à la plume affûtée.
L’objectif ? Maximiser les écoutes, rentabiliser les morceaux viraux et délaisser la profondeur au profit de la rentabilité. Notre jeune prodige, lui, incarne l’opposé de cette logique. Il l’a confié avec amertume : les labels ne prennent plus de risques sur des rappeurs comme lui, préférant des artistes calibrés pour l’ère du temps. Cette déception illustre un système où l’authenticité et la technique passent souvent après la recherche du buzz.
Mais si cet EP a été tant attendu, c’est parce qu’il porte une promesse : celle d’un rap français qui renoue avec son essence, avec des paroles qui racontent, qui touchent, qui restent. Le vainqueur de Nouvelle École ne cherche pas à plaire à tout prix, mais c’est justement cette sincérité brute qui fait de lui l’un des rappeurs les plus prometteur de sa génération. Il incarne ce pont entre l’ancienne école et la nouvelle, entre ceux qui veulent du fond et ceux qui aiment la forme.
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