CHILLA – #DansLMovie Paroles Décryptées

En attendant la sortie de son prochain single et d’un album à venir courant 2019, la rappeuse Chilla dévoile le
freestyle « Dans le Movie #1 », avec une chorégraphie de Marion Motin, célèbre pour ses collaborations avec Madonna, Stromae et Christine and The Queens, une réalisation de Christopher Hanany, qui a notamment travaillé avec Givenchy et Yves Saint Laurent et un sponsoring de Reebok.

L’artiste qu’on identifie de résolument féministe ne tient pas qu’un discours centré sur ce sujet. Sous ses airs décomplexés et un style urbain qu’elle épouse librement, elle élabore tout un commentaire social, plus large que la question de la femme dans la musique. Un commentaire sincère, non pas moralisateur, mais à l’image de ce que notre jeunesse, dans la vie de tous les jours, à l’école, ou dans les médias.

Chaque punchline fait défiler une série d’images, reflet de réalités en France, reflet des pensées de la chanteuse. Ses refrains entraînants sont de moins en moins mélodiques, de plus en plus rythmiques, incisifs, bref, simplement rappés. Connue pour sa polyvalence à alterner chant et rap, les vibratos se feront plus subtils dans l’interprétation. On dira alors que la rappeuse a une pure voix et c’est ainsi que Chilla continue à monter en popularité.

Avec une confiance en soi grandissante et plaisante à voir, Chilla continue de faire sa place dans le paysage urbain français, et à se démarquer pour conquérir l’Hexagone, avec la venue de son premier album, courant 2019.

En attendant, arrêtons-nous sur les punchlines de son dernier freestyle et décryptons les paroles les plus marquantes :

“Arme du crime dans l’fut de mes collègues,
parait qu’les flics te braquent d’vant les collèges”
 – Dans L’Movie #1

Cette ligne semble faire références aux décisions des politiques de positionner des forces de police dans les collèges et lycées localisés “dans les quartiers les plus difficiles”. L’action est justifiée par la vidéo montrant un élève d’un lycée de Créteil braquer l’une de ses professeures avec une arme factice (source CNEWS).

“Si tu me cherches, j’me téléporte, bah oui ma gueule se télévise
J’passe entre deux JT du soir qui annoncent encore la fin du monde
Et putain, j’suis toujours au milieu des mauvaise nouvelles, y’a pas une bonne nouvelle, ça fout la haine donc bref” Dans L’Movie #1

L’artiste réalise de plus en plus l’impact et les conséquences de son exposition médiatique depuis son début de carrière.

La première fois qu’elle est apparue entre deux JT du soir fut avec la sortie de sa vidéo surprise Lettre au Président, lettre ouverte avec un commentaire social bien senti.

Depuis chacun de ses mots pèse , les gens font attention à ses paroles, et la rappeuse a appris à maîtriser son image publique.

Le climat télévisé est parasité de tant de sujets polémiques, que l’artiste pourrait souhaiter s’exprimer de manière décontractée sans prise de tête, sans se trouver au milieu des mauvaises nouvelles des faits divers.

“J’suis dans l’movie, jsuis dans l’movie
J’crève dans l’movie, j’crève dans l’movie”
– Dans L’Movie #1

Le danger du politiquement correct est qu’un seul mot de travers prononcé, une phrase mal interprétée, quand tout est filmé peut froisser (parfois à tort) l’image de quelqu’un, et comme dirait l’expression, ce quelqu’un serait alors “mort dans le film”.

En continuant la lecture des paroles, on se rend compte que le discours qu’elle tenait dans Lettre Au Président demeure dans ses freestyles au ton moins moralisateur.

“Pendant qu’NRJ douze fait des remakes de Truman Show” – Lettre au Président

“J’deviens taré parfois d’vant ma télé, j’vois que les p’tits ne matent que d’la de-mer” – Dans L’Movie #1

Chilla, plus en confiance dans son écriture, trouve de nouvelles manières de faire passer ses messages. C’est ainsi qu’elle va pointer du doigt les programmes les plus ahurissants de la Télé Réalité qui bourrent le crâne des ados.

“On va en classe, mais c’est les classes qui nous effraient
[…] La jeunesse roule aussi, à la quête d’une maîtresse
Pour faire vendre, il faut parler d’billet” – Lettre au Président

Chilla revient sur le thème de l’école, de l’idée de la réussite pré-conçue et purement pécuniaire dans son single 1er Jour d’Ecole. Par ailleurs, la vidéo (analysée précédemment sur Sounds So Beautiful) met en scène une jeunesse qui roule aussi – et fait des roues arrières.

“Coup de pression comme un 1er jour d’école […]
Pendant ce temps, Maman cherche les billets
Papa dans nos prières
Mauvaise élève, j’suis dissipée, le frère lui veut briller.” – 1er Jour d’Ecole

“Ironique comme un jongleur SDF qui manque d’adresse.” – Lettre au Président

“Les clochards dorment dans l’froid sans la doudoune, j’arrête de m’plaindre, le pire reste à venir 
J’ai mal au tripes, j’ai l’rap pour m’adoucir, le bidon plein, un doigt (toit?) et mon doudou”  – Dans L’Movie #1

Chilla revient sur l’indigence des sans abris, relativise, relaxe avec sa musique pour adoucir les mœurs, et s’endormir en douceur, “la conscience en paix“.

La vidéo termine avec une mise en abyme : filmer le tournage de la scène pour conclure le clip.

“Mauvais acteur, on a loupé la scène, la fin, tu la connais.” – Dans L’Movie #1

Pour résumer, ses textes sont plus concis et minimalistes que ses premiers davantage empreints de poésie.

Les mises en scène de ces derniers clips donnent du contexte à sa prose. Son flow, son style, son visuel, tout s’aiguise.

Checkez son dernier freestyle (dont on entend un extrait dans son court métrage Mira)

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