Damoiseau – “Folie Gronde”, Plus Qu’Un Album C’est Un Livre (Interview)

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C’est au crépuscule que le ciel affiche des nuances métissées
D’or et d’azur. Rêves d’amour et fortune, le Jeune Noir, jamais ne dort
Prisonnier de ses pensées, de ses furies, de ses folies
Gronde en lui l’espoir d’une nouvelle aube, d’une nouvelle page.
Avec une combinaison de soul, jazz, et chanson, le tout teinté d’un zeste de hip-hop, Damoiseau se révèle et se démarque avec la sortie de leur premier album, Folie Gronde, enregistré au studio de Floating Stones Productions.
Au delà d’un groove recherché au fil des rythmes joués à la batterie (Florian Mavridorakis), de solides lignes de basse (Bachir Ndiaye) et d’éclatantes couleurs jazz et soul aux claviers (Joël Andriamaroandraina), l’auteur et interprète Arthur Joachim (Antoine Lartigue) choisit d’aborder l’élaboration de ses textes comme l’écriture d’un livre. Voguant sur les vagues psychédéliques de la guitare amplifiée, il fait le récit de ses émotions, de ses états d’âme, de son vague à l’âme.
INTERVIEW

SSB : Un crooner ? Un poète ? Un gentilhomme pour ne pas dire gentleman ? Un chic à la française ? Comment définissez-vous un Damoiseau ?

Damoiseau : Justement j’ai choisi le nom Damoiseau parce que j’y trouvais plusieurs sens intéressants.

Au moyen âge c’était un gentilhomme effectivement, qui n’était pas encore chevalier mais qui y aspirait. Ça pouvait être aussi l’homme galant, celui qui fait le beau auprès des femmes, une sorte de Don Juan mais qui galère etc…

Sans oublier que Damoiseau c’est aussi du rhum Guadeloupéen (même si je suis tombé dans les Trois rivières étant petit). Et puis, c’est le masculin de demoiselle, qui lui, reste encore très utilisé.

Toutes les facettes de ce mot m’ont fait rire, je m’y suis identifié, alors j’ai dit feu je prends !
SSB : Arthur, te définis-tu comme un rappeur, ou davantage comme un poète ?

Arthur : Aucun des deux pour être honnête ! Je me définis comme chanteur souvent mais c’est plus à ceux qui écoutent de me donner leur définition.

Je ne peux pas me définir poète tout simplement parce que je ne fais pas de poésie au sens propre du style, mais j’aime écrire et parfois aller effleurer ce monde du bout de la plume.

Je pense que le doute est semé parce que j’aime raconter des histoires, et aussi car l’instrumental n’est pas toujours full hip-hop… Mais en concert quand je débite et que l’instru s’emballe, j’ai bien l’impression de rapper et pas de lire un poème ahah !

Il y a peu de chant dans l’album mais j’aime beaucoup, c’est un autre exercice.
SSB : On sent le goût prononcé pour le verbe, la chanson française et le jazz et les vibes psychédéliques. Quel artiste vous inspire pour l’écriture des textes, le rap et le slam ?

Damoiseau : Je pense que je suis plus inspiré par les livres que j’ai lu que par des musiques que j’ai écoutées quand j’écris un texte. Ça m’aide au niveau du vocabulaire, des tournures de phrases, même dans la construction de mes histoires. Si tu remarques il y a quand même souvent une intrigue et une chute (Jeune Noir, Mon Amour, Fils).

J’aime les textes d’Abd Al Malik, Oxmo Puccino, Nougaro, Gainsbourg et pleins d’autres, ils ont tous une sacrée plume.
SSB : Comment vous est venu l’idée d’un tel jeu d’interprétation dans la voix, avec les différentes intonations ?
Damoiseau : C’est une bonne question. Je pense qu’avoir enregistré l’album live a donné la possibilité de jouer sur différentes intensités, du coup différentes émotions, et ainsi la voix a suivi avec différentes tonalités. C’était pas quelque chose de vraiment préparé.
SSB : Racontez-nous votre processus créatif pour Take That Money et l’histoire derrière le texte.

Damoiseau : Take that money, on l’a construite en plusieurs temps, c’est Flo (batteur) qui a eu l’idée de la rythmique et de ne pas commencer sur le 1. Ça a donné un groove différent.

Ensuite on voulait qu’elle sonne un peu plus new school que les autres, presque trap. Bachir et Joël ont trouvé une ligne basse/synthé, qui est devenu la base du morceau.

Finalement une instru très épurée, mais qui évolue avec le saxophone, qui vient apporter une touche de lumière dans les aiguës, sur cette base assez sombre (octaveur de la basse, kick lourd, synthé grave).

On a choisi de faire vraiment exister la guitare dans le refrain, bien qu’elle soit présente depuis le début, apportant une légèreté, contrastant avec un kick bien sourd et la rythmique des couplets.

On a fait évoluer le deuxième couplet avec des nappes de clavier, le bottleneck et des sonorités psychédéliques au saxe, pour créer une sorte de tension avant de laisser place à l’outro où le jeu de batterie est mis en avant.

Sur la voix on a mis un léger auto tune qui fait le taf dans les aiguës !

L’histoire derrière le texte est la mienne ; d’ailleurs j’utilise le “Je”. c’est mon quotidien et mon passé, le tout condensé en 2 couplets et 2 refrains, ahaha.

Petit coup de coeur pour ce morceau car d’une, l’instru est plus lourde qu’un tacos triple viande, et de deux c’est mon premier texte que j’ai écris où je me suis autant dévoilé.
SSB :Folie Gronde, finalement, cela désigne les folles pensées tonitruantes d’un artiste à l’esprit tourmenté, n’est-ce pas ? Comment calmer le grondement d’une telle folie ?

Damoiseau : Ahah un petit peu oui ! Folie Gronde, c’est la folie des textes et des instrus.

On entend folie comme une émotion excessive, inadaptée à une situation de part son intensité. Dans notre album on a joué avec ces émotions excessives : la colère (folie meurtrière de Jeune Noir), l’amour (folie amoureuse de Mon Amour), le sentiment d’injustice dans Solar Pleure, la folie de la jeunesse dans When The Sun Goes Down etc..

Et gronde c’est la tension qui est présente partout. Parfois sous-jacente, tapis dans l’ombre mais bien présente.

Pour calmer ce grondement, il faudrait que le monde fasse un effort pour vivre ensemble, arrêter d’avoir peur des différences, faire preuve de compréhension, prendre soin de mère Nature et j’en passe… Bref, on y est pas encore!
SSB :Que vous évoque votre pochette d’album ?

Damoiseau : La pochette fait intégralement partie de l’album, comme son créateur Tanguy Hirigoyen. Sa simple analyse donne déjà beaucoup d’informations sur le projet.

Les différentes couleurs représentent nos différents parcours, ainsi que la diversité de nos chansons. Les couleurs qui fuitent du cerveau, comme des idées sont plus sombres au centre. Elles représentent le fait que chaque chanson a sa part de noirceur mais que le message final est toujours tourné vers quelque chose de positif, vers l’avenir. Et puis elle représente un groupe, tout le monde est dessus (à part le poto Randy au Saxe mais c’était un choix de sa part) !

SSB : Arthur, tu parles souvent de ton métissage (Fils, When The Sun Goes Down), et tu aimes raconteur des histoires et poser une intrigue. Dans quel contexte avez-vous écrit Jeune Noir ?

Arthur : J’ai écrit Jeune Noir en 2015 pendant le mouvement black lives matter, après la mort de plusieurs Afro-Américains dont Michael Brown (Ferguson) et Éric Garner.

Je ne comprenais pas… j’avais l’impression qu’on était de retour en 1960, que l’homme noir n’était toujours pas en pleine possession de son corps, qu’on pouvait lui ôter la vie publiquement, sans qu’il n’y ait vraiment de conséquences.

J’ai fait des recherches sur Les droits civiques. J’étais curieux et j’ai lu deux livres que mon père m’a offert et qui m’ont aidé par la suite: Une Colère Noire, de TA-NEHISI COATES, et Peau Noire, Masques Blancs de Franz Fanon.

C’est comme ça que j’ai recréé l’histoire de ce jeune noir, avec de vrais références… les dates collent etc, c’était très intéressant à faire.

SSB : Jeune Noir reste le titre le plus marquant. Akua Naru parle de la couronne de Baldwin (Baldwin’s Crown) dans son dernier album. Vous le citez aussi au début du texte. Qu’est-ce qui t’a a le plus marqué chez Baldwin ?

Arthur : James Baldwin fait partie de ses hommes rares qui ont marqué l’histoire par leur singularité. Il était en avance sur son temps, regardait Les États Unis avec beaucoup de recul, dansait avec les mots pour exprimer des sentiments interne presque indescriptible sur qu’est ce qu’être un homme noir aux US a l’époque. C’était un pote de Nina Simone, une sorte de médiateur entre Luther King et Malcolm X, il a vécu à Paris, né en Hollande, grandi à Harlem, une sacrée vie…

Je crois que ce qui m’a le plus marqué chez lui, outre ses livres, c’était sa qualité d’orateur. Il m’hypnotise. Sa capacité à raconter des histoires et à t’emmener petit à petit, par différents chemins, à sa conclusion est juste incroyable.

La première interview que j’ai vue de lui est celle avec Kenneth Clark en 63. C’était le début de ma fascination pour lui, et ça m’a inspiré pour Jeune Noir bien sûr.

SB : Quels sont les prochains projets pour les Damoiseau ?

Damoiseau : Tout d’abord c’est des concerts, on va partager ça très bientôt, jazz à Vienne Off, Et
des dates sur Lyon à confirmer.

Et puis un clip est prévu faut continuer d’organiser ça !

Ensuite on aimerait sortir un EP cet hiver, encore surprenant par rapport à cet album, peut être plus mélodieux, et légèrement plus électronique !

Merci Damoiseau

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