Morikan – Révéler L’Authenticité D’Une Artiste (Interview)

Un nom pour mille et une histoires 

Un nom pour mille et une lettres écrites

Une légende, un héritage, une famille, une identité, une vie ;

Un nom renferme bien des secrets. Mis en scène, il révèle bien des émotions,

Des ressentiments jadis enfouis au fond de cœurs cousus, à l’amour tu, cheveux détachés comme des sentiments,

Aux souvenirs amoureux encore inscrits sur le grain de la peau.

Morikan, issue d’une famille d’artistes, met en musique son identité et son héritage, à la recherche de ses racines.

Elle s’est laissée découvrir avec L’Ogre, premier titre de son EP, intitulé Morikan, qu’elle célébrera les 12 et 13 octobres en concert à l’Agend’Art.

Chanteuse à texte, ses poèmes présentent des histoires de sa vie illustrées de belles métaphores et autres figures de style aussi légères que sa voix.

Les références à ses origines et à ses racines demeurent subtiles. Elles sont à déceler avec le choix des instruments (la mandole), et les tonalités qui rappellent l’Orient dans sa voix. Parlant de sa voix, elle a ce don de conter une histoire, et faire retomber en enfance.

Une autre particularité dans l’écriture de Morikan est sa capacité à écrire avec sensualité, avec un très proche rapport au corps (“langue”, “baiser”, “embrasser”, “souffle”, “brodé sur ta peau” ;  Serre Moi, Les Cheveux Détachés). Le corps prend une grande importance dans son art. A ceci s’ajoute sa contemplation pour la Nature, d’où une poésie marquée de romantisme.

Outre les romances, contempler son corps revient à se regarder dans le miroir, admirer ses défauts, constater ses vulnérabilités, et tout de même apprécier ce que l’on reflète.

De plus, pour revenir à la recherche de ses origines métissées, comme Morikan le précise, “le corps est une espèce de carte du monde”.

L’artiste s’est mise à nue dans cet EP, faisant fi de ses frayeurs et vulnérabilités. C’est finalement là qu’est sa force, c’est là qu’est la beauté de son projet épuré, intimiste et sincère. C’est aussi là que les auditeurs peuvent se reconnaître et connecter avec l’individu.

Au travers de son nouvel opus, elle propose son travail le plus épuré et le plus honnête. Morikan parvient à nous révéler son authenticité, sa pure identité.

Pour en savoir plus, nous avons eu la chance de rencontrer l’artiste et de l’interviewer.

 

INTERVIEW

 

SSB : Le retour aux racines et aux origines est omniprésent, depuis ton nom de scène jusques dans ta musique, et ce depuis ton premier EP (Royaume). Parles-nous de l’importance que tu voues à la recherche de ton passé, de ton héritage. Que signifie ce retour aux sources dans ton art ?

Morikan : Ce sont des thèmes qui m’inspirent beaucoup dans mon travail en effet, et Morikan est le nom de famille de ma mère. C’est un nom qui a voyagé, qui a vécu plein d’aventures.

Je trouve que toutes les histoires de famille, d’ancêtres, sont incroyables. Elles cachent énormément de secrets, de trésors, de blessures…  Il y a des anecdotes à la limite de l’irréel et d’autres très terre à terre, dans les deux cas c’est toujours passionnant, et on a tous une histoire à raconter!

Creuser dans son passé, dans ses racines permet de comprendre tellement de choses dans nos fonctionnements, nos caractères, nos choix… C’est ce qui permet également de pouvoir changer un peu le cours de nos vies parfois…

Et puis, essayer de savoir d’où l’on vient je trouve ça magique. Le corps est une espèce de carte du monde : de quel pays viennent ces cheveux bouclés? Ces taches de rousseur? C’est fascinant…

SSB : Pour ton grand retour avec la reprise de Misirlou, peut-on suspecter des origines Égyptiennes ?

Morikan : Pourquoi pas? On ne sait jamais… A priori non…

Mais il semble que le nom Morikan ait beaucoup voyagé alors ce ne serait pas si étonnant. Mes origines les plus proches sont turques, l’Egypte n’est pas si loin…

SSB : Tes textes étonnent par leur beauté. Depuis quand écris-tu des poèmes ? Quel est d’après toi ton plus beau texte ? Et pourquoi ?

Morikan : Merci pour ce compliment! J’écrivais des petits poèmes enfant, car j’adorais découvrir des mots, des sonorités.

Mes parents aiment beaucoup la poésie, la littérature, et ils m’en ont vraiment donné le goût. Ce n’est que plus tard, vers 12-13 ans que j’ai commencé à les mettre en chansons.

Je ne saurais pas dire si c’est le plus beau, car c’est dur d’avoir du recul sur ses propres chansons, mais mon texte préféré dans ce nouvel Ep est « Les Coeurs Cousus ».

“Comme on marche vers les rois, j’ai traversé mille dunes

Les aiguilles, le fil de soie, étaient mon unique fortune

[…] Pour te broder des histoires, et des fleurs à respirer,

Les aiguilles, de mes doigts, tissaient de grands fils dorés

[…] Je voulais trouver ton cœur perdu, et pour le garder

J’y avais cousu comme un trophée mon cœur têtu si tu t’en défais moi je ne respire plus

[…] comme un cadeau mon cœur têtu, brodé sur ta peau, mais si j’avais su… “

Chaque fois que je le chante je me rappelle du moment où je l’ai écrit, les images me ramènent à beaucoup de choses que j’ai vécues, que j’ai ressenties.

SSB : Que peut-on attendre de ton deuxième opus ? Parle-nous de ton processus de création pour ce nouveau projet.

Morikan : Ce deuxième Ep est très intimiste, nous l’avons enregistré à deux avec Clément Soto (qui m’accompagne sur scène) et en live: chaque morceau a été fait en une prise, pour garder un côté brut, pour capturer l’instant.

J’avais ce désir de créer un moment particulier avec les gens, comme si on avait rendez vous autour d’un verre pour se raconter plein de choses, se faire des confidences.

Je me suis beaucoup isolée pour ce disque, pour le réfléchir, le dessiner dans ma tête.

Au bout d’un moment, je suis partie 5 jours à la campagne toute seule avec ma guitare, avec des idées, des débuts de textes, des bouts de mélodie… Je suis revenue avec 5 morceaux. Ils n’étaient pas finis, il leur manquait leurs costumes, leurs attraits.

J’ai appelé Clément et nous avons travaillé les chansons juste tous les deux, chez lui et chez moi, je lui ai expliqué ce que je voulais raconter, comment…

Clément est un musicien extraordinaire qui est très sensible aux mots, aux histoires, aux sentiments. Il a su mettre en musique avec moi chaque morceau en toute simplicité, et avec beaucoup de bienveillance. 

clement soto morikan

SSB : Depuis ton premier EP, comment as-tu évolué en tant qu’artiste ? et personnellement?

Morikan : L’année dernière, j’ai ressenti le besoin de faire une pause dans ma création, me souvenir des raisons pour lesquelles je montais sur scène, pourquoi je chantais, ce que j’avais envie de dire.

Le premier Ep était très fourni en termes de réalisation, d’arrangements, il y avait beaucoup d’instruments, c’était un travail intense avec toute l’équipe présente à ce moment là, et j’en suis d’ailleurs très fière!

Pour ce disque, c’était différent, j’ai voulu me retrouver un peu seule avec moi même, me confronter à mes envies et à mes craintes.

Tout le travail autour de cet Ep m’a énormément fait avancer personnellement et musicalement.

Un disque c’est toujours une aventure un peu folle, on apprend des milliards de choses, on se remet en question… J’ai hâte de faire le prochain…!

SSB : Tu te confies souvent sur ton processus de création, et notamment sur tes peurs et tes doutes… Maintenant que tu es sortie du cocon, comment une artiste peut-elle parvenir à vaincre ses peurs ?

morikan peur

Morikan : Je pense qu’on peut vaincre ses peurs quand on en parle…

C’est dur de dire qu’on a peur car on voudrait être un roc, savoir tout faire, se montrer inébranlable, enfin pour ma part 🙂

Mais je me suis rendue compte qu’il n’y a rien de pire que d’aller à l’encontre de ce qu’on ressent. Quand j’ai peur, j’ai besoin de le dire… En plus, cela crée de jolis liens car ça pousse beaucoup de gens à vous dire « moi aussi » …

Le plus important c’est de sentir de la bienveillance autour de soi, du soutien, de l’amour quoi qu’il arrive. Pour ça il faut se confier, tomber le masque.

Nos peurs ont quelque chose à nous apprendre, à nous dire, il faut les écouter, ne pas les craindre.

SSB : Enfin, tu prépares tes performances pour le 12 et le 13 octobre en ce moment pour le lancement de ton 2e EP. Quelle est ta vision pour la mise en scène idéale de ton travail ? En attendant quelle est ta plus belle expérience live ?

Morikan : Dans mon idéal de mise en scène il y a de la sincérité, de la joie, de la chaleur humaine… Je suis entourée d’une équipe formidable qui est dans cet état d’esprit donc je suis une chanteuse plutôt comblée 🙂

Je voudrais qu’à mes concerts les gens se sentent comme chez eux, en confiance, dans un endroit accueillant où il fait bon se reposer.

Il y a quelques mois j’ai participé aux 24H du mot, organisé par A Thou Bout d’Chant dans le cadre des Chants de Mars : 24 chanteurs/musiciens répartis par groupes de 3, et 24h pour écrire une chanson et travailler une reprise.

A la fin on jouait tous nos morceaux au Marché Gare. Le soir du concert on était en ébullition, dans les loges et sur scène. C’était extrêmement fort et chargé en émotion, quand je revois les photos j’en ai encore les larmes aux yeux.

On avait peu de temps pour se connaître, pour partager la scène, ça a donné  un concert explosif, émouvant, drôle…

J’aime faire ce métier pour ça : rencontrer des gens, vivre un moment fort avec eux, partager un bout de chemin, même si c’est seulement 24 heures …

 

Merci Morikan pour cet échange… une rencontre très édifiante. Forte est la connexion.

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