Olivia Dean : Comment aimer et être aimé ? | The Art of Loving
The Art Of Loving : Les prémices

Olivia Dean après un premier album à succès Messy, sorti en 2023 et de nombreuses nominations au Brit Awards et au Mercury Prize, reviens le 26 septembre 2025 avec son deuxième album : The Art Of Loving.
Dans une interview pour Elle, Olivia explique s’être inspirée de l’ouvrage All About Love de l’autrice féministe Bell Hooks.
“I went to an exhibition called “All About Love” by Mickalene Thomas, which was in response to Bell Hooks’s book“ — Olivia Dean
Dans son livre, elle se demande pourquoi nos sociétés modernes ont tant de mal à aimer de manière saine et authentique. Aimer n’est pas un sentiment selon Hooks, mais une pratique qui demande de l’attention et de la compréhension.
“Love is an act of will-namely, both an intention and an action. Will also implies choice. We do not have to love. We choose to love.” — Bell Hooks
L’album influencé par la pensée de Hooks, nous parle de l’amour sous toutes ses formes non pas comme mystère mais comme un apprentissage constant :
“Love is the thing that we’re all seeking, but somehow we still treat it as this mystery, taboo, fantastical thing” The Zane Lowe Show
Elle regarde donc de plus près ce que signifie l’amour pour elle et ce qu’est vraiment l’art d’aimer :
“I want to talk about love and not talk about it as just this fantasy thing and talk about it as like a skill and a craft and understand my understanding of that skill “ The Zane Lowe Show
The Art of Loving est une quête personnelle, entre souvenirs et pensées sur les relations humaines, Olivia Dean nous propose son introspection et nous montre son évolution via l’amour des autres mais surtout de soi.
Quand l’amour vise à combler un manque
Au début de l’album, elle subit l’amour, elle ne comprend pas la réaction de ses partenaires qui agissent à l’opposé du principe même de l’amour : Prendre soin l’un de l’autre. Elle se questionne longuement sur les effets du manque de communication et de clarté, qui conduisent à une baisse de l’estime de soi.
Selon la psychologue Valérie Grumelin, la mauvaise communication au sein du couple entraîne une accumulation de ressentiments, une détérioration de la confiance, de la frustration, de la solitude, et l’impression de ne pas être écouté par l’autre.
Dans la chanson Close Up, elle exprime ce sentiment de ne pas être apprécié par son partenaire qui pourtant est censé l’aimer :
“How can you get close to someone you keep out of reach”
Dans Let Alone The One You Love elle reprend cette même idée. Pensant être dans une relation confortable et agréable, la personne finit par lui causer du tort :
“ And if you knew me at all, you wouldn’t try to keep me small”
Elle dépeint comment ce manque de communication et ces comportements qui semblent aléatoires impactent sa santé mentale, plus particulièrement sa confiance en elle. Ainsi, face à ce constat, elle doit choisir entre partir et valoriser son bien-être, ou rester par dépendance mais en être malheureuse.
Loud atteint le paroxysme de cette douleur et cette incompréhension :
« Even now, I don’t know when you let go – Or when it slipped away »
La personne part soudainement, sans explications, elle reste brisée et doit maintenant se reconstruire.
Les Situationships : Une relation basée sur l’addiction
Le Monde explique qu’une situationship est : « Une histoire sentimentale sans étiquette ». Contraction entre les termes anglophones « Relation » et « Situation », elles désignent une zone émotionnelle floue où l’une des deux personnes -ou les deux- ne veulent pas s’engager.
Ce schéma de relation est très prisé par la Gen-Z. Un sondage de l’application de rencontre Bumble a interrogé 40 000 membres de la génération Z et des millennials. Il révèle que les célibataires privilégient l’authenticité aux démonstrations superficielles. On a donc une saturation de ce modèle relationnel que sont les situationships.
Something In Between reflète bien cette conception de l’amour omniprésente dans notre société. Elle explique ce paradoxe entre ne pas vouloir changer tout en ayant peur de perdre l’autre personne. C’est vouloir rester libre tout en côtoyant quelqu’un mais sans engagement total :
“I’m not his, I’m not hers, I’m not your. All or nothing — I’m more, can we still be something in between ? ”
C’est une volonté de trouver un entre-deux de l’engagement à l’indépendance totale. C’est vouloir un équilibre entre l’envie d’aimer et d’être aimé sans se perdre dans la relation.
Mais dans beaucoup de cas la situationship joue sur ce flou émotionnel et donc sur la dépendance, généralement d’une personne moins sûr d’elle dans la relation. On a peur de perdre l’autre personne, et espèrent que la nature de la relation change. Mais de nombreuses ressentent alors du rejet et une grande incertitude.
“There’s a feeling of constant rejection throughout the situationship because one person does not want to fully commit—otherwise it would become a relationship” — The Wall Street Journal
Mais l’adrénaline et le circuit de récompense entretiennent cette addiction.
“But the adrenaline and sense of reward when it is going well can be addictive.” — The Wall Street Journal
Une étude menée en 2010 à l’Université Rutgers conclue que tomber amoureux créer une dépendance au même titre que l’addiction aux drogues. En effet, la libération de plusieurs neurotransmetteurs aident à créer des liens avec son/sa partenaire. Comme pour la drogue, l’amour provoque des sensations de manque lorsque les couples sont éloignés ce qui peut provoquer de l’anxiété voire de la dépression.
Julie Nguyen, une coach en amour interviewée par The Wall Street Journal, rappelle l’importance de commencer une relation avec des intentions claires, de la communication et de la transparence. En effet, ces relations peuvent entraînées de nombreuses émotions négatives, elles paraissent attirantes mais ne nous comblent pas.
« That’s like cotton candy—lots to see on the outside but it definitely doesn’t fill you up if you were hungry” — The Wall Street Journal
Poser ses limites : La première phase de reconstruction
A partir de Loud, elle se met en avant et condamne pleinement le comportement de son partenaire qui la trahit :
“I never asked for love, no diamond ring. Yeah, you let yourself in”
« And you weren’t allowed – To come around and throw my heart about. To turn me on just to turn me down »
Le refrain témoigne d’une vraie colère, une limite a été franchie, sans que ses émotions aient été prises en considération. L’album prend alors une tournure, elle ne se contente pas de ce qu’elle peut avoir, mais établit ses conditions et commence sa reconstruction.
Le site professionnel Akordial dédié à la médiation, à la résolution de conflits et à la formation aux relations interpersonnelles, explique qu’en posant ses limites dans une relation on ouvre la porte à une relation basée sur la confiance, la compréhension et l’épanouissement mutuel.
La solitude : Deuxième phase de reconstruction
Olivia, repense différemment l’amour sur A Couple of Minutes. C’est le début d’une prise de conscience et d’une sérénité naissante :
“Love’s never wasted — When it’s shared.”
L’amour n’est jamais une perte de temps s’il a été partagé, il sert alors de matière pour grandir en tant que personne. Ainsi la douleur de la séparation devient un moment à chérir, comme une opportunité d’apprendre de ses erreurs et donc d’évoluer.
Maintenant seule, elle réapprend à vivre avec elle et à se contenter de sa seule présence. C’est se reconstruire après une séparation, c’est retourner à la base : s’aimer soi-même :
“Right, left, baby steps” — Baby Steps
C’est le courage de se dire que ça n’est pas la fin, mais une expérience enrichissante qui nous construit en tant que personne :
“I won’t fall back. If I fall forwards — At least I have that” — Baby Steps
Michel Giroux, membre de l’Ordre des psychologues du Québec explique que la solitude est essentielle à notre épanouissement. Se jeter dans ce vide profond c’est effrayant, mais cela permet la construction d’un bonheur profond et durable. La solitude permet de nous connaître, de connaître nos besoins, et nos richesses.
C’est une idée justement de l’ouvrage de Bell Hooks, la solitude est essentielle dans l’apprentissage de l’amour :
“Knowing how to be solitary is central to the art of loving. When we can be alone, we can be with others without using them as a means of escape.”― Bell Hooks
Apprendre à aimer et à s’aimer : Phase finale de reconstruction
Le dernier titre I’ve Seen It replace notre vision de l’amour sur toutes les choses du quotidien. Jusque là l’amour était centré sur les relations amoureuses ou amicales, mais maintenant elle nous invite à le percevoir tout autour de nous.
“The more you look, the more you find — It’s all around you all the time”
Elle comprend que l’expérience de l’amour et d’être aimé est par définition imparfaite et parfois douloureuse. Il peut évoluer, puis faner, parfois il casse mais il peut aussi guérir.
L’amour existe partout et sous différentes formes. L’amour n’est pas un prix à gagner, ou une chance tombée du ciel, mais quelque chose à percevoir si on y prête assez attention.
“Love is a skill, not a fantasy, mystical thing, not something that happens to you if you’re lucky“
“No, it’s real. You have to manifest it and cultivate it and keep looking at it and keep working at it.”
I’ve Seen It insiste qu’on peut trouver l’amour dans les petites choses, les moments ordinaires.
Le morceau termine l’album avec une paix intérieure, elle assure que l’apprentissage de l’amour, les échecs et ensuite sa maturation ont été bénéfiques. Elle n’est plus définie par la perte d’un partenaire mais par sa certitude que l’amour dans toutes ses formes est partout autour d’elle. On retire toujours quelque chose de l’amour. Elle nous invite à ne plus attendre un miracle et de penser que l’amour est toujours grandiose. C’est dans les petites choses du quotidien qu’on trouve l’amour le plus.
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