Michael Kiwanuka et Jungle : une dernière soirée entre émotions et frénésie au MJF
Le Montreux Jazz Festival a fermé ses portes le samedi 20 juillet.
Chaque année, c’est toujours avec un brin de nostalgie qu’on termine nos aventures au MJF, et cette édition 2024 ne fait pas exception…
Mais on a gardé un live report dans les tiroirs, histoire de vous faire revivre une dernière soirée au cœur du festival pour conclure ce mois de juillet.
Le vendredi 19 juillet, on avait rendez-vous une dernière fois à la Scène Du Lac pour dire adieu à deux belles semaines de musique live.
Les deux derniers concerts auxquels on a assisté ? Pas des moindres, et peut-être l’une des affiches les plus attendues du MJF 2024 : Michael Kiwanuka et Jungle !
Même époque, même ville, même scène, mais deux projets très différents… Une programmation géniale qui nous promet une soirée inoubliable.
On finit donc notre couverture du Montreux Jazz en beauté avec deux des artistes qu’on a le plus écoutés ces dernières années.
Un moment chargé d’émotion grâce à la soul intemporelle de Michael Kiwanuka
On suit la carrière de Michael Kiwanuka depuis 2012.
Aujourd’hui, l’artiste britannique d’origine ougandaise a 37 ans et trois albums studio au compteur.
Il nous donne l’impression d’être un artiste posé et réfléchi, qui prend son temps pour avancer dans la bonne direction. Sa discographie en témoigne d’ailleurs…
Ses deux premiers albums ont défini le style de Kiwanuka : une folk-soul poétique et dépouillée, des arrangements guitare-voix intimistes qui mettent en valeur son timbre vocal rond et chaleureux. Lorsqu’on lui demande ses influences, le musicien cite sans hésiter Otis Redding et Bob Dylan.
Mais sa couleur musicale évolue avec le temps. Avec Kiwanuka, son dernier album sorti fin 2019, l’univers de l’artiste prend une nouvelle dimension.
La soul et le folk sont maintenant des fondations solides pour proposer de nouveaux horizons. Comme un retour à ses racines, certains morceaux explorent des sonorités afrobeat. Mais surtout, la musique de Kiwanuka prend une tournure presque cinématographique, avec des mélodies grandioses et des arrangements plus complexes qui rappelleraient presque le travail d’Ennio Morricone ! Les textes aussi évoluent, passant d’une poésie intimiste à des messages plus engagés, notamment contre le racisme.
Ce soir, sur la Scène Du Lac, Michael Kiwanuka vient nous partager en live cet univers foisonnant, avec la douceur qui le caractérise.
L’intro du concert évoque tout de suite cette musique de film dont on parlait plus haut avec le titre Hard To Say Goodbye. Huit musiciens s’installent dans une ambiance de musique de western aux arrangements orchestraux. Kiwanuka les rejoint avec une guitare 12 cordes dont les accords viennent rompre les envolées de cordes.

On enchaîne avec You Ain’t the Problem, et ses rythmiques afrobeat. À gauche sur le front de scène, trois choristes portent les morceaux d’une manière singulière. Les chœurs n’ont pas pour but de soutenir la voix de Kiwanuka avec des harmonies, ils deviennent des instruments à part entière qui dessinent les lignes mélodiques et les riffs clés des morceaux.
Derrière, les cinq autres musiciens alternent entre de nombreux claviers, deux batteries, des basses et des guitares dans une recherche constante du son qui servira les morceaux.
Michael Kiwanuka est la force tranquille incarnée. Le leader apparaît humble et paisible et délivre son set dans la plus grande décontraction. Le jeu de scène est sobre, l’important ici c’est la musique, et la justesse de l’interprétation.
C’est ainsi que l’émotion de ses compositions se transmet le mieux. Il se contente de jouer simple, juste. Tout au long du concert, il alterne entre plusieurs guitares acoustiques et sa traditionnelle Gibson SG pour assurer les parties rythmiques tantôt claires et tantôt saturées. Sa voix, elle, nous fait dresser les poils. En live, le timbre de Kiwanuka est pur et vient tirer sur la corde sensible sans forcer.
Les morceaux Black Men in a White World et Hero rappellent son engagement pour la cause noire et sa lutte contre toute forme de racisme. D’ailleurs, tout au long du concert, l’écran géant qui habille le fond de scène diffuse de magnifiques images de couples et de familles de toutes origines. Les visuels en gros plans mettent en valeur la beauté et la diversité des couleurs de peau, prônant la diversité, l’amour et l’acceptation des autres.
Michael Kiwanuka profite du concert pour nous présenter un morceau inédit qui présage un nouvel album à venir. Le single Floating Parade est sorti dix jours plus tôt et nous avons la chance de l’écouter en live ce soir. Dans la veine du dernier album, le morceau porté par une ligne de basse entêtante confirme la nouvelle couleur musicale de l’artiste en faisant la part belle aux arrangements orchestraux de cordes et aux chœurs.
On mesure toute l’évolution de Michael Kiwanuka lorsqu’il revient à ses débuts pour deux chansons. En 2012 il se produisait seul pour la première fois à Montreux, juste lui et sa guitare. Le groupe sort de scène et le chanteur retourne aux sources folk de ses premiers concerts. Il nous offre une parenthèse guitare-voix avec ses deux premiers tubes, I’m Getting Ready et Home Again.
Lorsque le groupe revient, Kiwanuka entame la dernière partie du concert, d’abord avec Final Days et Solid Ground qui mettent en avant des mélodies à fleur de peau sur des arrangements aux claviers.
Voilà la véritable force de la musique de Michael Kiwanuka : des chansons aux mélodies simples qui portent une puissance émotionnelle rare.
L’artiste termine le concert avec deux de ses plus gros tubes : Cold Little Heart et Love and Hate.
On goûte à cette soul élégante et intemporelle une dernière fois avant un changement de plateau monumental.
Jungle livre un concert étourdissant avec sa néo-soul frénétique
Jungle est fondé à Londres en 2013 par deux potes d’enfance, Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland.
À la base, le duo de producteur s’inspire de la funk-soul lente et groovy des années 70 pour écrire ses premiers morceaux, notamment The Heat ou Busy Earnin’.
Mais très rapidement le projet va prendre une tournure bien plus vaste. D’abord musicalement… Si Michael Kiwanuka représente une soul organique intemporelle, Jungle incarne son pendant futuriste. Car le duo de producteur propose une musique plus électronique qui invente la neo-soul et le nu-disco de demain.
Ensuite, ce qui caractérise Jungle, c’est l’ampleur du projet artistique. Plutôt que de rester un duo de producteur qui propose des DJ sets, le groupe devient un véritable collectif qui réunit toutes les disciplines. En live, le duo s’entoure de musiciens pour proposer une expérience organique.
Mais Jungle va plus loin et développe un univers global autour du groupe. Par la danse d’abord, car le duo collabore avec des chorégraphes comme Will West, Mette Linturi et Shay Latukolan. Chaque chanson est propulsée au rang de tube par un clip qui met en avant des chorégraphies léchées.
Ensuite c’est l’identité visuelle du groupe qui est travaillée avec soin. Le stylisme, la scénographie, les jeux de lumières, le graphisme. Dans la galaxie Jungle, absolument tout est conçu pour créer une expérience artistique totale.
Après plus d’une dizaine d’années de carrière, on distingue déjà deux périodes différentes dans l’histoire de Jungle. Les deux premiers albums Jungle (2014) et For Ever (2018) ont mis en place l’univers multi-artistique et l’esthétique à la fois vintage et futuriste…
Mais les deux derniers opus Loving In Stereo (2021) et Volcano (2023) marquent un tournant. Déjà car le duo Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland s’est transformé en trio avec l’arrivée de Lydia Kitto. Composititrice, multi-instrumentiste et chanteuse, la jeune femme insuffle une nouveauté dans l’écriture et le son du groupe. La musique évolue vers des rythmes rehaussés toujours plus dansant et des styles encore plus variés. Jungle va chercher dans le breakbeat, le hip-hop et l’électro et continue de diversifier ses influences.
Ce soir on va vivre l’expérience Jungle en live et on sait qu’on peut s’attendre à un show grandiloquent. On le voit déjà pendant l’entracte. L’installation scénographique est énorme. Les techniciens montent des estrades et des néons partout… Le logo Jungle est hissé par des câbles pour flotter au-dessus de la scène. Tout est prêt et le concert commence dans la pénombre.
On commence très fort avec Busy Earnin’, LE tube historique, et on découvre la composition sur scène. Le trio Lloyd-Watson, McFarland et Kitto dispose de postes de contrôle, avec une multitude d’instruments à leur disposition : guitares, claviers, samplestations… Ils sont accompagnés d’un percussionniste, d’un batteur, d’un bassiste, et de deux choristes. Au total, ils sont huit sur scène pour livrer un concert à couper le souffle.

Car oui, ce qu’on retient de ce concert c’est un véritable raz de marée de chansons plus efficaces les unes que les autres.
On n’a pas un instant pour respirer, les tubes s’enchaînent à une vitesse effrénée. La setlist en témoigne : Jungle joue 24 chansons sans un temps mort. Le show est une véritable déferlante qui explore le meilleur des quatre albums. La sélection des morceaux est résolument tournée vers l’énergie, privilégiant les tempos plus élevés.
Ça fuse dans tous les sens dans l’ambiance claire-obscure que créent les jeux de lumières. L’éclairage reproduit l’esthétique de flou artistique ténébreux de Jungle, jouant avec les ombres dans des atmosphères lumineuses qui s’inspirent des 70s.
Niveau musique, tout est parfaitement millimétré, on a l’impression d’écouter un live enregistré en studio.
Deux choses vous prennent aux tripes quand Jungle performe sous vos yeux. D’abord la qualité de l’écriture… Les mélodies sont imparables, impossible de ne pas se laisser entraîner. Ensuite c’est la puissance des harmonies vocales. Ils sont six à chanter pour créer un mix organique unique, d’une profondeur grisante.
Les trois leaders assurent le show. Lydia Kitto vole la vedette lorsqu’elle vient sur le devant de la scène pour assurer PROBLEMZ et Back On 74, les deux énormes tubes du dernier album. Sur d’autres morceaux, elle est plus en retrait et apporte des nuances instrumentales en jouant de la flûte.
Tom McFarland vit sa musique, il fascine par son jeu de scène habité. De son côté Josh Lloyd Watson, plus flegmatique, alterne ses guitares derrières ses lunettes de soleil. Il nous offre un solo déjanté qui termine le morceau Time. C’est aussi lui qui apportera la seule parenthèse un peu plus calme du concert sur Casio, où l’on profite de sa voix de crooner plus grave et plus posée.
Le reste est un feu d’artifice toujours plus festif. Les nouvelles influences hip-hop ne sont pas oubliées en live. Le rappeur Channel Tres s’invite sur le grand écran en fond de scène pour poser ses couplets sur I’ve Been In Love. Le groupe balance des ballons gonflables qui rebondissent dans le public pendant une bonne partie du concert.
La Place du Marché de Montreux termine dans une ambiance de nightclub survolté, car Jungle va chercher des sonorités electro et house rappelant Daft Punk et Justice en fin de set avec Holding On.
Comme un symbole, Jungle termine le concert avec Good Times. On ne peut que confirmer, voir le groupe sur scène est un pur moment de bonheur, un shot d’énergie brute.
Le trio de producteur signe quelques vinyles des fans au premier rang avant de quitter la scène et revenir pour un rappel : Keep Moving.
On vous laisse donc sur ce dernier message de Jungle : continuez à avancer.
À l’image du Montreux Jazz Festival qui a su se réinventer cette année pour nous offrir toujours plus de concerts de légendes. À l’image aussi de la musique, qui nous fait grandir en nous réunissant et en nous procurant toujours plus de joie collective… Keep Moving, Keep Moving !
Crédits photos : Lionel Flusin, Marc Ducrest
En savoir plus sur Sounds So Beautiful
Subscribe to get the latest posts sent to your email.











Ping : Cherise revient avec “Butter” et offre une expérience sonore réconfortante – Sounds So Beautiful
Ping : Michael Kiwanuka impose le silence au Théâtre Antique de Jazz à Vienne - Sounds So Beautiful