Sabine Kouli – “Black Odyssée”, Le Chant D’Un Grand Patrimoine Musical

Ce samedi 1er Juin, Sabine Matomswé Kouli présenta la première édition de son tant attendu spectacle “Black Odyssée” au Radiant-Bellevue.

Ce show exceptionnel fut produit dans le cadre du premier festival de gospel jamais initié sur Lyon, en 2004, l’Absolute Gospel, initié par Sabine Kouli elle-même.

Pour cette 15e édition de l’Absolute Gospel, l’expérience fut ; un voyage dans le temps depuis la traite négrière et l’esclavage, en passant par le trouble des années 1960, le combat social des femmes noires, jusqu’au gospel des années 1990-2000.

Partie 1 : Des Spirituals, work song, chant de prisons, chant des droits civiques afro-américains au jazz contemporain.

Partie 2 : « Haendel’s Messiah » Une oeuvre classique revisitée par les arrangements souls de Quincy Jones, The Color Purple du film de Spielberg dont il écrit la musique, le gospel contemporain de Donald Lawrence, en passant par le legendaire « Porgy and Bess » de Gerschwin.

La section rythmique, leadée par Pascal Horecka au clavier, plongeait le public dans une expérience temporelle inoubliable. Chaque morceau interprété reflétait à la perfection une période donnée dans le temps. La projection de films à l’arrière accentuait cette réelle impression de voyage dans le temps.

Ainsi, le rythme régulier du battement de la baguette sur le rimshot rappelait ainsi la cadence de travail des esclaves qui chantaient acapella (Work Songs). Puis les tensions exprimées dans des titres comme Strange Fruit, remémoraient les cruautés de l’époque.

Les harmonies, les mises en places éclatantes et l’élégance de la section cuivre donnait un goût fidèle de l’âge d’or du jazz. Tandis que d’autres accords sonnaient comme ce qui était populaire dans le gospel des années 1970-1980, teinté de pétillants airs funk.

Le jazz contemporain était très présent et l’un de nos titres préférés restera la reprise de 1960 What de Gregory Porter.

Le Gospel réjouit, et réunit. Malgré toutes ses douleurs, le peuple noir parvient à garder le sourire – c’est ainsi qu’Akua Naru décrivait The Blackest Joy (Joie Noire) dans sa dernière interview sur Sounds So Beautiful.

Sabine offre un clin d’œil à l’oeuvre de La Couleur Pourpre (The Color Purple) avec le thème composé par Quincy Jones. Le film, adaptation du roman de Alice Walker, fait figurer Oprah Winfrey et Whoopi Goldberg parmi les actrices principales.

Toutes deux incarnaient le combat social que vivaient les femmes noirs dans un sud rural américain : mariage forcé, viol et violences conjugales, racisme, discrimination entre peaux noires et peaux métissées (light skin/dark skin), l’éducation, la notion de beauté pour une femme,…

Parlant de fortes figures féminines pour cette Black History, Sabine Kouli mentionne aussi Nina Simone, notamment célèbre pour son interprétation du titre Feeling Good.

Ce titre, devenu universel, traverse les générations et donne un sourire inspiré de plaisirs simples ; en bref, il insuffle le bonheur. Les thématiques des œuvres interprétées dans cet odyssée sont toutes universelles. Comme l’explique Matomswe sur le plateau de la radio RCF, elle parle de “la vie, de l’amour, de la foi, de la mort“.

C’était donc avec joie qu’elle partageait ce patrimoine musical dans les média, pour les publics qui ne demandent qu’à découvrir cette culture, comme pour les initiés du Gospel.

Feeling Good est un chef d’oeuvre souvent repris dans la culture Hip-Hop.

Prendre ce titre, et revoir la talentueuse danseuse Kinda Gozo traverser la scène, peut par ailleurs rappeler la vidéo de JAY Z, 4:44, laquelle sample la voix de Nina Simone et fait figurer une danseuse contemporaine à la gestuelle semblable à celle de Kinda.

4:44 est non seulement l’un des morceaux les plus émotionnels de JAY Z après Song Cry, mais c’est aussi un condensé de traits propre à la Black Culture et au Black Entertaining.

La moderne continuité du Black Odyssée se poursuit dans le Hip-Hop, qui rend hommage au Gospel et hérite directement du Jazz et du Blues.

Emanuel Harrold, batteur de Gregory Porter, l’a d’ailleurs mis en exergue dans son dernier EP, intitulé Look Forward.

En résumé, la première pour le Black Odyssée de Sabine Kouli fut donc une superbe expérience, inspirante et aux messages forts de sens. Un spectacle qui rend justice à sa carrière et son engagement.

Sabine Matomswé Kouli: voix, direction artistique ; Muriel Gigan, Yéléna Ba, Nadia Nasri, Chiraz Ba, Mireille Meissimilly: chœur ; Pascal Horecka: claviers ; Julien Sarazin: basse ; Gregory Boudras: batterie ; Régis Ferrante: sax ténor ; Rémi Bulot: trompette ; Loïc Bachevillier: trombone ; Michaël Seigle, Aya Soubervie: violon ; Nicolas Seigle: violoncelle ; Manon Tnoudji: alto ; Kinda Gozo: danse

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