Comment Elaborer Sa Stratégie de Booking – Etude de Cas avec Gigstarter

Une des premières problématiques pour un musicien émergent est de savoir comment se vendre et développer son agenda de concerts.

Plusieurs structures accompagnent les artistes dans ce développement, de Bizarre ! Vénissieux, qui propose des résidences aux musiciens pour travailler leur spectacle (Supa Dupa) ; au Festival Un Doua de Jazz, qui renouvelle chaque année un tremplin pour permettre aux jeunes formations jazz de se professionnaliser (Jasual Cazz) ; au Ninkasi, qui réoriente sa direction artistique pour encore mieux servir la scène locale et permettre de défendre les sorties d’albums (Nai-Jah, The Bongo Hop,…) ; jusqu’aux plateformes de référencement pour le booking comme Gigstarter.

Gigstarter est une plateforme qui compile 7000 artistes de tout style et toute formation, dans 8 pays, dont les Pays-Bas, l’Espagne et bien sûr la France. Elle compte plus de 650 bookings par mois, et s’associe à des festivals tels que le Red Light Jazz Festival.

A Lyon, on y compte maints artistes locaux, talentueux et de tout style, du classique au jazz. Brice Ateba fait partie de la cinquantaine de lyonnais recensés sur Gigstarter. Revu dernièrement sur la scène du Ninkasi Café, il jouait en première partie de Nai-Jah groupe charismatique qui signe un retour remarquable avec un album innovant, osant même dépasser les frontières du reggae en live, quitte à se frotter aux airs hip-hop et même Gospel.

Brice Ateba se démarque par son jeu de guitare atypique, influencé par les rythmes  Bikutsi, Makossa, Afrobeat. Il compose ainsi d’intimes mélodies teintées de soul et de jazz, tout en suggestivité.

 

 

Pour le booking, une plateforme comme Gigstarter permet aux musiciens indépendants de lever les barrières (financières) entre bookers et salles de spectacles, et simplifie les flux de communication entre clients finaux et prestataires. Un article paru dans Libération pointe en effet l’une des conséquences néfastes de la présence d’intermédiaires – qui peuvent être source de l’inflation des prix de concerts négociés avec les festivals et salles de concert.

Par ailleurs, d’autres articles conseillent comment travailler avec un agent, et surtout à quel moment le faire dans sa carrière.

Quoi qu’il en soit, s’entourer de structures et/ou se référencer sur une plateforme dédiée enseigne le musicien à savoir se vendre ; première problématique dans tout début de carrière.

Les points qui suivent sont de modestes recommandations pratiques pour (re)définir sa stratégie de développement, de booking… bref son plan marketing.

1) Soigner Son Image et Son Storytelling

H.E.R. est connue pour avoir soigné son image d’une des manières les plus originales qui soient : offrir l’expérience de sa musique sous sa forme la plus pure et la plus dépourvue d’artifice. Son visage, son identité était secondaire. Le plus important pour elle était de développer un storytelling inspirant autour des thèmes de sa musique. Elle a réussi à développer un storytelling au travers de ses chansons pour ravir et mieux séduire son public.

Ainsi, si soigner son image passe par roder ses supports de communication (site internet référencé, réseaux sociaux, plateformes d’écoute) avec une belle vitrine faite de belles photographies, d’audios agréables à écouter et de vidéos professionnelles, le storytelling aide à se démarquer, sans prétention – révéler son authenticité.

Par extension, c’est la stratégie à appliquer pour promouvoir un album. En développant son storytelling, H.E.R. savait à qui adresser son message tourné sur “l’évolution des Femmes” : aux jeunes femmes nées dans les années 1990 et fan de r&b de l’époque (Floetry) et fan de r&b actuel à la Drake (Jungle) ; aux jeunes femmes qui mûrissent de leurs romances (Gone Away) ; et aux personnes qui partagent les mêmes valeurs qu’elle (Lord Is Coming).

Pour une écriture basée sur les perspectives honnêtes d’une jeune femme en constante évolution dans son environnement (artistique et personnel), l’artiste s’efface derrière des paroles qui reflètent les personnes qui les écoutent et qui partagent un même vécu et les mêmes centres d’intérêt. Ses fans s’attachent ainsi plus fortement, et se sentent appartenir à une communauté.

L’art est émotion, raconter une histoire derrière sa musique ne peut donc qu’aider à ravir son public dans son univers et l’émerveiller davantage.

Si vous avez su réunir et persuader des musiciens de tout bord à faire partie de votre projet, vous pouvez attirer un public à votre musique, et lui donner envie de vous voir et vous écouter.

2) Niche Musicale et Direction Artistique

Une fois le style musical bien déterminé, et le bon public identifié, il est bon d’identifier les lieux qui programment la musique qui vous ressemble. Il faut donc prendre e le temps de connaître les établissements et comprendre leur direction artistique.

Chaque lieu et chaque programmateur a son histoire. L’Opéra de Lyon ne programmait que des formations de jazz traditionnelles et modernes au Péristyle, jusqu’à l’an dernier, où son nouveau programmateur a choisi d’orienter sa direction artistique vers un jazz plus ouvert aux cultures métissées : Opéra Underground.

D’autres festivals de jazz ont pour vision de rendre cette musique plus accessible et intergénérationnelle en prouvant qu’il y a du jazz de partout même dans le hip-hop.

Enfin d’autres festivals misent l’originalité et l’excellence de la pluridisciplinarité pour les spectacles qui allient danseurs et musiciens.

Présenter une belle vitrine attire les programmateurs aux groupes de musique. Et bien sûr le démarchage classique existe aussi pour présenter le projet et espérer  une programmation. Or compléter en parallèle avec un ciblage et un échange bien personnalisé favorise aussi les chances de programmation. Favoriser le relationnel au transactionnel peut assurer des opportunités de booking sur le long terme. C’est ainsi que certains lieux renouvellent la programmation d’artistes “coups de coeur” – rendre la programmation fan de votre musique.

 

3) Penser sa musique comme un projet sur le long terme

 

Chance The Rapper dans une interview (12min37sec) parlait de sa musique comme d’une gestion de projet, un produit à manager. C’est ce qui lui permit de gérer sa musique en indépendant à un niveau qui ne semble accessible qu’avec un label majeur.

Pour penser sa musique ainsi, il est bon de comprendre les points forts de son groupe, ainsi que ses points faibles et comment y remédier. Considérer les opportunités qui s’offrent dans ce style de musique choisi, et savoir s’adapter aux menaces qui pèsent (concurrence musicale, baisse de subventions festivals, évolution de l’industrie musicale,…).

Il est aussi nécessaire d‘afficher les accomplissements du groupe, pour gagner en valeur. A terme, à force de travail et de projections, le musicien doit être en mesure de formuler des ambitions de carrière, – quelle est la vocation du groupe ? – et se donner des objectifs pertinents, atteignables et mesurables.

Aussi, pour les musiciens qui gèrent plusieurs projets à la fois, dans la mesure du possible, il est bon de faire la distinction entre projet de création, qui demande un développement à maturité, et projets plus facilement opérationnels.

Certains projets peuvent être davantage considérés comme des ‘vache à lait”, soit le projet qui permet plus directement les rentrées d’argent (exemple : animation). D’autres peuvent être vus comme les projets “stars”, qui mettent plus de temps à se développer et demandent plus d’investissement, mais valent le coup de faire briller (exemple : projet de composition, création).

Il est bon de trouver l’équilibre de sorte à ne pas se retrouver avec un projet “dilemme”, que l’on souhaite garder mais qui peut devenir problématique à gérer et qui ne rapporte pas assez de revenus.

Enfin, pour bien se projeter et prévenir l’avenir, il est bon de considérer le cycle de vie de son projet : du lancement à la croissance, à la maturité, au déclin ou au renouveau ; il faut toujours trouver le moyen d’innover et de rester fidèle à ce qui a déclenché le coup de coeur pour vous auprès du public et des programmateurs.

 

4) Connaître sa valeur pour mieux négocier

En négociation, il faut tout d’abord comprendre les besoins de son interlocuteur et lui proposer un deal en fonction.

Plus les besoins du client sont compris en fonction de sa direction artistique, de ses goûts, de ce qu’il imagine pour la soirée, etc…, plus l’interlocuteur sera relativement convaincu de payer le prix qu’il faut pour la prestation d’une formation de qualité.

Il est aussi bon d’avoir un prix idéal et un prix en dessous duquel il sera hors de question d’aller, de sorte à avoir une marge de manœuvre suffisante en négociation.

Si une baisse de prix est à considérer, il est aussi possible de soustraire des options clefs (moins de musiciens, durée de set plus courte,…) ou d’ajouter d’autres contreparties de sorte à justifier un équilibre.

 

Les plateformes de booking comme Gigstarter permettent de mettre en pratique les bases de ces recommandations : présenter une vitrine attrayante avec une description captivante, un book de photos et de vidéos (optimisables avec un abonnement Pro), ainsi qu’une fourchette de prix affichant directement l’échelle de valeur à laquelle se vend le groupe.

La plateforme, aussi dédiée aux personnes qui cherchent directement à booker un groupe pour leurs événement, est très pédagogue et didactique. Elle prend le temps par exemple d’expliquer ce que contient le prix affiché par un artiste (cachet du musicien, et frais logistiques).

Didactique aussi pour les musiciens, Gigstarter s’adonne à partager des tutos pour utiliser sa plateforme d’une part, et aider les artistes à se vendre correctement en ligne.

Posted in: music review

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